Lexique

Ce lexique se base sur les deux références suivantes, Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique sous la direction d'Edouard Lipinski et Dictionnaire des civilisations de l'Orient ancien de Guy Rachet.



LETTRE A

A : l'aleph, première lettre de l'alphabet, qui, avec la lettre B : bet, vont donner le mot alphabet. Cette lettre évoque par sa forme la tête de taureau, symbole de fertilité dans les traditions de tout l'Orient ancien.

Abdalonymos : du phénicien, signifiant serviteur des dieux. Ce prénom fut porté par le roi de Sidon, intronisé par Alexandre le Grand en 332 av.J.C. en remplacement du roi Straton. Il fut mentionné dans la dédicace grecque et phénicienne de son fils, trouvée en 1982 à Cos, une des îles de Sporades, dans l'Egée. Vers la fin du IV°siècle av.J.C., ce comptoir phénicien formait une base pour la flotte phénicienne au service d'Alexandre. Le règne d'Abdalonymos se prolongea au-delà de la mort d'Alexandre. Les historiens s'accordent à lui attribuer le sarcophage d'Alexandre trouvé dans la nécropole royale de Sidon et conservé au musée d'Istanbul.

Abdémon : du phénicien, signifiant serviteur d'Amon. D'après l'historien Flavius Josèphe, ce nom fut celui du jeune sage à la cour de Hiram I, roi de Tyr. Abdémon aida le roi à résoudre les énigmes proposées par Salomon. Ce nom fut également celui d'un des rois de Sidon (V° siècle av.J.C.) ainsi que le roi de Salamine de Chypre, ami des Perses, imposé à la cité par Darius II en 415 av.J.C.

Abdeschmun ou Abdechmoun : du phénicien, signifiant serviteur d'Echmoun. Nom porté par le suffète de Kition au IV° siècle ainsi que le chef des scribes du temple d'Astarté de cette même cité chypriote.

Abdimilkutti / Abdimilkot : du phénicien, signifiant serviteur de la Reine ou du Roi. Nom du roi de Sidon à l'époque d'Assarhaddon (roi d'Assyrie 680-669 av.J.C.) S'étant allié avec son voisin le roi cilicien de Kundu et Sissû et ayant voulu de ce fait s'affranchir de la domination assyrienne, il fut décapité par Asarhaddon en 676 av.J.C. Sa tête fut suspendue au cou d'un de ses ministres et portée dans les rues de Ninive dans le cortège triomphal du roi assyrien. La cité de Sidon connaissait à cette époque une période de prospérité, avec un territoire s'étendant du Litani au sud jusqu'à Tripoli au nord. Les inscriptions assyriennes confirmèrent cette richesse en évoquant les "biens innombrables du trésor du roi Abdimilkutti".

Abibaal : du phénicien, signifiant mon père est Baal . Roi de Tyr au X°siècle av.J.C., père du roi Hiram I. Nom aussi d'un des rois de Byblos connu pour sa dédicace en l'honneur de la Dame de Byblos la Baalat Gubal.

Abimilk : du phénicien, signifiant mon père est roi. Nom phénicien et punique, porté par un des fils du roi d'Arwad Yakinlu, au VII° siècle av.J.C.

Abydos : en Egypte, à l'aval de Thèbes, temple de Séthi I (1291-1279 av.J.C.). Les différentes inscriptions attestent le passage dans ce temple d'un certain nombre de phéniciens originaires des différentes cités (Arwad, Kition de Chypre, du quartier tyrien d'Héliopolis, de Sidon) et ayant des activités diverses et variées : parfumeurs, menuisiers, matelots, commerçants et même un interprète.

Acherbas : Acerbas ou Sicharbas. Oncle et époux d'Elissa. Prêtre de Melqart, deuxième autorité de la cité de Tyr après le roi Pygmalion. Ce dernier le tua pour s'emparer de ses richesses. Son crime poussa Elissa à s'enfuir vers l'Afrique en passant par l'île de Chypre. Là bas, elle trouva refuge et fonda avec ses compagnons une ville nouvelle, Carthage.

Acholla : ville antique de Tunisie, connue pour sa nécropole punique tardive et spécialement pour les tophets avec des stèles ornées du signe de la déesse Tanit.

Adarbaal : du phénico-punique, signifiant Baal est puissant. Anthroponyme fréquent à Carthage et dans le monde punique ou punicisé. Nom porté par plusieurs personnages du monde punique parmi eux le commandant d'une des armées carthaginoises qui remporta en 307 av.J.C. une victoire sur les troupes d'Agathocle (tyran de Syracuse en Sicile). Nom aussi du stratège carthaginois de la 1ère guerre punique, en 249 av.J.C., qui secourut Libylée (actuelle Marsala en Sicile) assiégée par les Romains. Il fut remplacé plus tard par Hamilcar Barca.

Adarmilk : du phénicien, signifiant le roi est puissant. Roi de Byblos connu d'après les inscriptions sur les pièces de monnaies émises durant son règne au milieu du IV° siècle av.J.C.

Adôn : ou Adoni, mon seigneur. Célèbre dans la mythologie grecque sous le nom d'Adonis, le bien-aimé d'Aphrodite. Ce jeune dieu d'origine sémitique 'dn, tomba amoureux de la grande déesse de l'amour, Astarté. Un jour de printemps, se promenant avec elle dans les champs, il fut attaqué par un sanglier. Voulant défendre sa bien-aimée, le jeune seigneur fut terrassé par l'animal. Son sang se déversa sous les yeux terrorisées de sa compagne qui ne puit lui venir en aide. La déesse lui promit alors fidélité et revînt tous les ans à la même période célébrer ce souvenir. Un temple lui fut dédié à Afqa, à côté de Byblos où des fêtes publiques furent organisées rassemblant hommes et femmes autour de l'Amour, tradition plus connue sous le nom de "prostitution sacrée". Tous les ans, à cette même époque de l'année la source et le fleuve deviennent rouges rappelant le sang versé par Adôn. Le fleuve fut longtemps nommé fleuve d'Adôn (Adonis à l'époque hellénistique) avant de changer de nom à l'époque chrétienne. Mais derrière le mythe on retrouve les phénomènes de la nature : après la saison des pluies qui draine dans son sillon la terre mélangée à l'eau du fleuve devenue ocre, vient le printemps symbole de la résurrection avec les premières fleurs des champs, les cyclamens, fleurs longtemps assimilés au souvenir d'Adôn.

Adonibaal : mon seigneur est Baal. Nom porté par plusieurs rois ou princes : le roi de Siyan, un des fils de Yakinlu roi d'Arwad, par le fils d'Azzimilk suffète de Carthage vers le III° siècle et par le fils d'Hannibal.

Afqa : du phénicien, signifiant source ou ruisseau. Localité à 40Km au Nord-est de Beyrouth, située à une journée de marche de Byblos, surplombant la vallée du fleuve Adonis (actuel Nahr-Ibrahim). Afqa, abritait un temple renommé consacré à Adôn et Astarté, connu pour ses rites de "prostitution sacrée" et son oracle. Il comprenait une piscine et des canalisations pour les lustrations en rapport avec le culte. Au IV° siècle, l'Empereur Constantin ordonna sa destruction ce qui n'empêcha pas les historiens de continuer d'évoquer l'importance de ce site et cela jusqu'au V° siècle. Le temple fut complètement anéanti suite à un tremblement de terre au VI°siècle. Jusqu'aujourd'hui, il continue de faire l'objet d'une vénération populaire en rapport avec la fécondité.

Agriculture : la superficie restreinte du sol cultivable des cités phéniciennes, dont l'économie était basée surtout sur le commerce et l'artisanat, exigeait l'exploitation du plus petit lopin de terre. Les contreforts du Liban, en dessous de 1000m d'altitude, étaient aménagés en terrasses pour la culture du blé, des vignes et des olivaies. L'irrigation indispensable à la saison sèche (mai-octobre) et la découverte de digues, conduites d'eau et réservoirs, indique que les Phéniciens savaient mettre à profit les diverses sources d'eau. Ces derniers avaient hérité de ce savoir faire agricole en s'installant sur le territoire des Cananéens, premier sédentaires de la région.

Ahiram ou Ahirôm : son nom signifie mon frère est exalté. Par "frère" il faut entendre le dieu. Ce roi de Byblos est connu par son sarcophage retrouvé dans la nécropole de Byblos (Tombe V, au fond d'un puits funéraire). Longtemps, historiens et archéologues, ont discutés la datation de ce sarcophage (XII° ou X°siècle av.J.C.). Mais son plus grand intérêt reste la présence sur son couvercle d'une inscription d'exécration en caractères alphabétiques phéniciens expliquant que ce sarcophage fut offert par le roi Ittobaal, "le fils d'Ahiram, roi de Byblos pour Ahiram, son père, dans sa demeure d'éternité". Avec un avertissement qui met en garde "si un roi parmi les rois, un gouverneur parmi les gouverneurs et un chef d'armée, se lève dans Byblos et ouvre ce sarcophage, que sa puissance soit brisée, que son trône soit renversé ! Que la paix soit éloignée de Byblos et que lui-même soit anéanti".Cf. rubrique Personnages :Ahiram.

Aïnel : du phénicien, signifiant prunelle de l'oeil du dieu El . Roi de Byblos à l'époque de Darius III (335 - 331 av.J.C.). En 333 - 332 av.J.C., il accompagna, avec ses vaisseaux, la flotte perse dans l'Egée mais ne tarda pas à s'en séparer quand sa ville tomba aux mains d'Alexandre le grand. Dès lors il rejoint le macédonien à Sidon et au printemps 332, il mit ses vaisseaux à son service lors du siège de Tyr. Alexandre le confirma dans sa charge en récompense de son appui. Sur les émissions monétaires (antérieures à la conquête macédonien) Aïnel portait le titre de "roi de Byblos"('yn 'l mlk gbl). L'orthographe du nom avec le yôd (y) reflète l'influence araméenne de l'époque perse.

Aïn Tounga : en latin Thignica. Localité située à 100Km au Sud-ouest de Carthage. Ancien bourg indigène, profondément punicisé qui reçu assez tôt les colons romains tout en restant attaché à ses traditions comme en témoigne l'onomastique particulièrement riche en noms puniques. L'enceinte sacrée de Saturne, à ciel ouvert, a livré plus de 500 stèles, figurées et inscrites, des II°-III° siècles ap.J.C. Il y avait aussi à Aïn Tounga un temple dédié à Esculape, l'Echmoun phénico-punique romanisé.

Akkar : bourg du Liban qui a prêté son nom à la baie s'infléchissant au Nord de Tripoli. Dans cette région, plusieurs sites se trouvent à peu de distance de la côte profitant autant du trafic côtier que des échanges avec la Syrie intérieure (Tell Arqa, Tell Kazel, Amrit).

Alalakh : en akkadien Alalah, actuellement Açana, au Sud-est de la Turquie, sur la rive droite de L'Oronte, à 20Km au Nord-est d'Antakya. Les sept campagnes de fouilles menées par L. Woolley en 1937-39 et 1946-49, y mirent au jour la capitale du royaume de Mukish à l'âge du Bronze. Les niveaux VII (XVII° s.) et IV (XV° s.) livrèrent 456 tablettes cunéiformes et la remarquable inscription autobiographique du roi Idrimi, inscrite sur sa statut. Ces textes de nature économique, administrative et juridique apportèrent une contribution importante à la connaissance de l'histoire du Levant à l'âge du Bronze et mentionnent diverses villes de la côte syro-phénicienne comme Ougarit, Arwad, Ammiya, Ebla, Emar, l'île de Chypre, le pays d'Amurru, le pays de Canaan, etc. Cependant, les problèmes chronologiques rendirent difficile l'interprétation historique de certains documents.

Albright, William Foxwell : (1891-1971), archéologue et orientaliste américain, dont la recherche s'étendait à tout le Proche-Orient ancien, avec un intérêt marqué pour le monde canaanéen, auquel il rattachait la civilisation phénicienne. Grâce à ses fouilles en Palestine et au Yémen et à ses multiples publications dont From the Stone Age to Christianity (1940), Albright acquit une influence considérable aux Etats-Unis. Il créa une Ecole d'orientalistes et d'archéologues dont les idées continuent à marquer la recherche américaine dans le domaine des études sémitiques et proche-orientales.

Alexandre le Grand : roi de Macédoine (336-323 av.J.C.), fils de Philippe II. Après la victoire D'Issos en 333, Alexandre envahit les cités phéniciennes recevant l'hommage d'Arwad, Byblos et Sidon. Seule Tyr, forte de sa position insulaire et de sa flotte de guerre, offrit une résistance acharnée, espérant l'aide de Carthage. Un siège de 8 mois se solda en août 332 par le massacre et la vente, en esclavage, de sa population. La ville fut épargnée, car elle était sous la protection de Melqart en qui Alexandre reconnaissait l'Héraclès grec qu'il revendiquait comme ancêtre et dont il propagea le culte en Orient. Les roitelets phéniciens purent garder leur trône à condition de s'aligner sur Alexandre, leurs charges financières et militaires furent encore plus lourdes qu'aux temps des Perses. Les conquêtes d'Alexandre leur ont cependant donné la possibilité d'élargir le champ de leurs activités commerciales. Par ailleurs, la Phénicie dû fournir en 323 av.J.C. les marins destinés à coloniser les côtes arabes du Golfe Persique. On ignore les suites de cette entreprise interrompue peut-être par la mort d'Alexandre mais Strabon soutient que les rivages du Golfe comptaient des villes et des temples semblables à ceux des Phéniciens, ce que confirme aussi l'historien Pline. Cf., rubrique Personnages : Alexandre le Grand.

Alicante : capitale de la Costa Blanca en Espagne. Site probable malgré les opinions contraires en latin : Castrum ou Lucentum, traduction du punique : r's lbn cap blanc nom qui doit évoquer la blancheur des falaises d'Alicante. L'historien Diodore de Sicile attribue à Hamilcar Barca la fondation de la ville en 231 av.J.C. Son emplacement correspond éventuellement à l'actuel quartier de Benalúa. La création de Carthagène priva Alicante de son importance première. Une forte influence phénico-punique est attestée dans l'arrière-pays au Sud-ouest (à Elche, à la Peña Negra et à Los Saladares).

Almuñécar : fondation phénicienne du début du VIII° siècle sur la côte méditerranéenne de l'Espagne. Les anciens vestiges, comme les murets d'ardoise locale, les céramiques à vernis rouges, les plats à bord étroit, révèlent une présence phénico-punique continue jusqu'à l'époque romaine. On retrouve les vestiges des trois nécropoles dont celle du Cerro de San Cristóbal (partiellement fouillée en 1962), constituée de tombes à puits circulaires, creusées dans la roche à 3-4 cm de profondeur avec des niches dans lesquelles on plaçait les urnes contenant les restes incérés du défunt et le mobilier funéraire composé de parures, plats en céramique, poterie, etc.

Alphabet : cf. rubrique Articles .

Amarna (Tell el) : nom du site de Moyenne Egypte, sur la rive droite du Nil, à 300Km au sud du Caire, qui renferme les ruines d'Akhetaten, l'éphémère capitale du pharaon Aménophis IV - Akhenaton (1352-1336 av.J.C.). Ce site fut surtout connu pour la trouvaille fortuite, faite vers 1887 de tablettes cunéiformes dont le nombre s'élève à presque 382. Ces tablettes constituaient les archives de la chancellerie royale et contenaient, outre quelques textes littéraires et lexicographiques destinés à la formation des scribes, 350 lettres adressées aux pharaons Aménophis III, Aménophis IV (la majorité des documents) et Toutankhamon par les principaux souverains de l'époque ainsi que par les princes des royaumes vassaux de Syrie-Palestine. Ces lettres rédigées en akkadien, langue diplomatique du temps, mais celle de Syrie-Palestine trahissent une nette influence ouest sémitique. Plusieurs lettres proviennent des villes de Phénicie. Un groupe particulièrement important émane de Byblos dont le roi Rib-Addi ne cessant de demander des secours contre les menaces que font peser sur lui les intrigues d'Abbi-Ashirta, puis son fils Aziru, qui se taillent un royaume en Amurru. D'autres missives émanent d'Ammunira de Beyrouth, Zimredda de Sidon, Abimilki de Tyr et Satatna d'Akka.

Amatashtart : du phénicien, signifiant servante d'Astarté. A ne pas confondre avec Immi-Ashtart ma mère est Astarté.

Ammonites : population de langue sémitique installée autour d'Amman, l'antique Rabbath Ammon, en Jordanie. Les Ammonites sont connus par quelques fouilles archéologiques concernant le nord de la Jordanie, des inscriptions et les textes bibliques et assyriens. Leur ancêtre éponyme, Ammon, serait issu de l'inceste entre Loth et l'une de ses filles (Genèse 19-39)

Amorrites ou Amorites : population sémitique qui apparaît à l'époque du Bronze Ancien. Leur nom akkadien est Ammurûm ou Amurru, il désigne le vent de l'Ouest. Leur langue, qui appartient au groupe sémitique de l'Ouest, est connue par l'onomastique. C'est ainsi que leur présence fut décelée dans le monde syrien dès le milieu du III° siècle. Ce sont des nomades dont la région d'origine se situe quelque part vers le Moyen-Euphrate, dans les déserts de l'Est de la Syrie. On retrouve ce nom également dans les textes bibliques sous la forme d'Emori

Amrit : le site de l'actuelle Amrit (la Marathos des Grecs) se trouve à 5Km de Tartous (l'antique Antarados) en Syrie. Les ruines de ce site attestent de sa splendeur antique particulièrement à l'époque perse (VI°-IV° siècles av.J.C.).

Amulettes : petits objets que les gens portaient sur soi et auxquels ils accordaient par superstition des vertus de protection. Ces amulettes furent répandues dans le monde phénicien et punique, retrouvées particulièrement dans les tombes des enfants et des femmes. Plusieurs formes existaient telles les figurines nues, les masques, les vases, le "signe de Tanit", les cippes ainsi que des formes se rattachant à des prototypes égyptiens telles "Isis nourrissante", le dieu Bès, le scarabée ou le faucon.

Amurru : cf. Amorrites.

Anat : soeur et amante du dieu Baal. Dans le cycle de Baal, les textes ougaritiques parlent de Baal et Anat en ces termes : "Attendant la venue de son frère Baal, Anat lui prépare un banquet, la décision ayant été prise de la construction d'un palais pour Baal. Histoire de s'aiguiser l'appétit, la déesse ouvre sa journée par un massacre d'hommes au lever du soleil, puis elle fait sa toilette pour recevoir son frère et amant. Ils vont ensuite circonvenir la déesse Athirat pour qu'elle décide son époux El, à consentir la construction du palais. L'autorisation étant obtenue, Anat vient en avertir son frère: la vierge Anat se réjouit, elle remue les jambes et parcourt la terre. Alors elle se rend auprès de Baal sur les hauteurs de Saphon, à travers mille champs et mille arpents. La vierge Anat rie, elle prend la parole et déclare : reçois une bonne nouvelle Baal ... on va te bâtir une maison comme en ont tes pairs. Le palais est construit par Kothar, en or et en argent, et inauguré par Baal". Cf., M.S. Smith, The Ugaritic Ba'al Cycle, Leyde, 1994.

Ancres : peuple de navigation, les phéniciens soignaient tous leurs outillages, parmi eux les ancres, célèbres par la variété de formes retrouvées en mer. Ces ancres étaient révélatrices de la "nationalité" des navires de l'Antiquité et des routes maritimes suivies à cette époque. La datation et la typologie des ancres de l'âge de Bronze reposent surtout sur les ex-voto déposés dans les sanctuaires ou tombeaux à Ougarit, Byblos ou Kition symbolisant la richesse de la mer et la sauvegarde des marins dont le salut dépendait des ancres. Rares donc sont celles conservées puisqu'on les jetait au moment du danger. A l'âge de Bronze, l'ancre, en pierre, était munie d'un trou d'attache pour la corde. Bientôt des cavités supplémentaires furent percées dans la partie inférieure afin de recevoir des bâtons. L'âge de fer apporta l'idée d'ancre "moderne" avec l'introduction des crochets pointus aidant à s'accrocher au fond de l'eau. Au VI° siècle av.J.C. le plomb supplanta la pierre donnant des ancres plus robustes et plus lourdes.

Andalouses, les : le site des Andalouses occupe le littoral de la plaine côtière fertile, à 30Km à l'Ouest d'Oran, de part et d'autre de l'oued Sidi Hamidi. Les fouilles ont permis d'y explorer deux nécropoles et d'y identifier, entre les deux, une cité qui pourra avoir été à l'époque romaine les Castra Puerorum de l'Italie antique. La nécropole de l'Est, remarquable par la coexistence de divers types de rites et structures funéraires, contient des mobiliers datables entre la fin du IV° et le II° siècles, où prédominent les influences ibériques. A l'ouest du site, des tumuli ont livré un matériel punique qui peut remonter au VI°siècle av.J.C. Quant aux ruines de la ville d'époque punique, elles couvrent environ 3 hectare avec une architecture domestique assez grossière et des maisons rectangulaires. L'usage de la fenêtre était connu puisqu'une pièce était dotée d'une ouverture de 30 cm de large, percée à un mètre du sol. La présence de poteries tournées, carthaginoise et ibériques, n'implique pas forcément une origine identique de leurs utilisateurs. Le dédicant de la stèle trouvée sur le site et munie d'une inscription néo-punique porte un nom qui est certainement libyque. On a reconnu aux Andalouses la présence de teintureries grâce aux coquillages de murex relevés au cours des fouilles. Le site a livré aussi des monnaies numides et maurétaniennes avec légende punique.

Anti-Liban : en grec Antilibanos. Chaîne montagneuse parallèle à la chaîne côtière du Liban, bordant à l'est la plaine de la Béqaa. On ignore jusqu'où s'étendait, vers l'arrière-pays, le territoire des cités phéniciennes et si, à un moment quelconque de leur histoire, l'Anti-Liban a été sous contrôle phénicien. La partie Sud dépendait sans doute des Araméens. Les rois assyro-babyloniens, notamment Téglat-Phalasar III et Sennachérib, exploitèrent les forêts de bois de l'Anti-Liban ainsi que les carrières d'albâtre.

Araméens : peuple sémitique dont les tribus se sont établies en Syrie et en Mésopotamie au XII° siècle av.J.C. Ils établirent des alliances avec certaines des cités phéniciennes telles Arqa et Arwad qui participèrent à la coalition anti-assyrienne dirigée par Hadadidri roi de Damas. Les archéologues ont retrouvé à Zincirli, capitale du royaume araméen, sur les contreforts de l'Amanus, la première inscription royale connue rédigée en phénicien avec une invocation Baal Hamon.

Ardat ou Ardé : Tell Ardi, à 10Km à l'Est de Tripoli (Liban Nord). Situé sur la frange Est d'une plaine fertile et bien arrosée, Ardé contrôlait une importante voie de passage qui, par la montagne, mène de la Méditerranée à Qadesh sur l'Oronte. D'après l'état actuel des recherches, le site a été occupé en permanence depuis le Néolithique jusqu'à nos jours. Les premières mentions de la ville figurent dans les récits des 5° et 6° campagnes syriennes de Thoutmès III.

Arqa : Tell Arqa, à 17,5Km au Nord de Tripoli (Liban Nord). Ce site fut habité à partir du Bronze Moyen et mentionné dès le début du II° millénaire dans les textes égyptiens d'exécration, les documents hittites et akkadiens, puis dans la Bible. Conquise par Thoutmès III, Arqa resta dans la mouvance égyptienne jusqu'à l'époque d'El Amarna. Elle passa ensuite de l'allégeance égyptienne sous l'autorité d'Abdi-Ashirta d'Amurru et de son fils Aziru qui tua le roi Aduna d'Arqa. Sous le règne de Téglath-Phalasar III la ville fut incorporé à la province de Hamat en Syrie.

Art : cf., rubrique Articles: l'art phénicien

Arwad : connu en grec et en latin sous le nom d'Arados, île de Syrie, située à 2,5Km de Tartous (l'antique Antarados). Le nom d'Arwad apparaît pour la première fois au III° millénaire dans les archives d'Ebla puis dans celles d'Alalakh (Turquie) et d'El Amarna quand Arwad semble appuyer la cause des rebelles malgré ses relations commerciales avec l'Egypte. Dès la campagne de Téglath-Phalasar I d'Assyrie (1115-1077 av.J.C.), les sources cunéiformes commencèrent à évoquer l'existence d'une aire continentale d'Arwad, permettant ainsi le ravitaillement de l'île et l'enterrement des morts. La cité d'Arwad subit le sort des cités phéniciennes supportant l'arrivée des divers conquérants. A la cour de Nabuchodonosor II, on employait des charpentiers arwadiens et giblites, connus pour leur renommée dans le domaine de la menuiserie et des constructions navales. A l'époque perse, la flotte d'Arwad servit la cause des Achéménides et Maharbaal, fils d'Azzibaal, un des commandants de la flotte phénico-perse sous Xerxès I, n'était autre que le roi d'Arwad.

Astarté : déesse mère, étoile du matin . Son nom transcrit aussi par Ashtarut, Ashtart, Ashtar ou Ishtar. Déesse de l'amour et de la fécondité. Son nom est lié en Phénicie à celui de son amoureux, le dieu Adôn ou Adonis. L'histoire antique évoque les temples de cette déesse répandus en Phénicie et dans l'île de Chypre et parle d'une tradition appelée "prostitution sacrée" liées à ces temples. Astarté fut assimilée à la déesse égyptienne Isis, à la déesse grecque Aphrodite et romaine Vénus.

Athènes : les stèles funéraires phénico-grecques témoignent de la présence d'une colonie phénicienne à Athènes dès le IV° siècle. Cette communauté bilingue était de provenance diverse, de Sidon, de Kition, d'Ascalon, et comptait des personnages renommés, tel le philosophe Zénon de Kition, métèque à Athènes à partir de 312, qui fut avec Zénon de Sidon, un des premiers Phéniciens à venir s'instruire de la philosophie dans ce centre de la pensée antique et y fonda en 301, l'Ecole stoïcienne. Il y avait également de grands bailleurs de fonds tel Théodore le Phénicien ou de simples courtiers comme Pythodoros le Phénicien venu en 394. les inscriptions grecques attestent aussi la présence, depuis le IV° siècle au moins, de Phéniciens engagés dans de petits métiers artisanaux et même ruraux. La fin des guerres médiques favorisa l'émigration phénicienne qui constitua des communautés stables et organisées, comme le montrent les décrets en faveur des gens de Sidon, vers 365, et des métèques de Kition en 333. Dans les années 330, le droit de propriété est octroyé "selon la loi" aux Phéniciens de Tyr et de Sidon. Les communautés phéniciennes de Pirée étaient tout aussi importantes, surtout à partir du III°siècle. La présence carthaginoise est également attestée à Athènes, non seulement par l'arrivée d'une ambassade qui conclut en 406 un traité entre Athènes et les généraux carthaginois qui assiégeaient alors Agrigente, mais aussi par l'enseignement de la philosophie par Hérillos (III°s) et Hasdrubal (II°s) de Carthage. Elle est peut-être impliquée par la connaissance qu'avait Aristote de la Constitution carthaginoise.

Auza : ville de Libye fondée par Ittobaal de Tyr, contemporain d'Achab d'Israël, selon une notice de Ménandre d'Ephèse et conservée par Flavius Josèphe. L'historicité de cette fondation demeure problématique, rien ne la confirme mais rien ne la dément aussi. Une ville Auzia ou Auzea attestée plus tardivement et généralement identifiée à l'actuelle Sour el Ghoslane, à 124 Km au Sud-est d'Alger, pourrait porter le nom de cette antique Auza

Azzibaal : du phénicien, signifiant ma force est Baal. Roi de Byblos dans la première moitié du IV°siècle. Fils du grand prêtre de la Baalat de Byblos, Paltibaal. Connu pour l'inscription sur le sarcophage de sa mère Batnoam (fille des délices), réutilisé et retrouvé en 1929 près du château des Croisés. Connu également pour les pièces de monnaies, portant la légende suivante : 'zb'l mlk bl. Inscription qui décrit l'habit funéraire de Batnoam, datable de la 1ère moitié du IV°siècle : "Je repose dans la pourpre, un couvre-chef sur moi et un masque d'or à ma bouche".

Azzimilk : du phénicien, signifiant ma force est le Roi. Nom fréquent dans l'onomastique phénico-punique, porté par les derniers rois de Tyr. Au moment de la campagne d'Alexandre le macédonien en Phénicie, Azzimilk I se trouvait en mer avec la flotte phénico-perse d'Authophradate et c'est son fils qui fit partie de la délégation qui accueillit Alexandre à Palaetyr l'hiver 333/2 av.J.C. L'obstination du macédonien, qui voulait avoir accès à l'île de Tyr, déclencha la résistance des Tyriens et le siège de la ville (Cf. rubrique Personnages : Alexandre le grand et le siège de Tyr). Ce siège fut très dur et les Tyriens perdirent beaucoup des leurs. Le roi fut toutefois épargné par Alexandre qui le laissa sur le trône.




LETTRE B

Baal : dieu cananéen de l'orage et de la fertilité, son nom signifie "Seigneur". Dans la Bible, Il apparaît comme un dieu sans grande consistance, où il est présenté comme un dangereux rival de Yahvé. La découverte des textes d'Ougarit a confirmé son identité prédominante dans le panthéon cananéen. Il règne comme dieu de la tempête sur les nuages, il est le dieu de l'orage, le tout puissant, qui chevauche les nuées et réside sur le Mont Saphon (Djebel 'Arqa). Il est connu comme étant le fils du dieu El et le frère de la déesse 'Anat. Son mythe relate sa mort (face à Môt) et son retour de l'au-delà comme dieu de la végétation, mais aussi sa maîtrise de l'ordre contre le chaos de la mer (Yam). Figuré comme un taureau, il est représenté sous son aspect anthropomorphe avec une coiffe à cornes et un faisceau de foudres. Le nom de Baal fut porté par certains rois de Tyr.

Le cycle de Baal :

Six tablettes et quelques fragments retrouvés par l'archéologue Claude Schaeffer, entre 1930 et 1933, lors des fouilles du site de Ras Shamra (Ougarit), constituent ce qui est conventionnellement appelé le cycle ou l'épopée de Baal.

Baal et Yam (la Mer) : Yam veut se faire construire un palais, le dieu Baal également. Ce dernier vînt s'y plaindre devant le dieu EL, mais El lui refuse sa requête. Baal vexé, provoque Yam dans un affrontement aidé par Kothar, le dieu forgeron, qui lui façonne une massue avec laquelle il terrasse le dieu Yam.

Baal et 'Anat : cf. Anat.

Baal et Môt (la mort) : la tablette concernant le dieu Môt est trop fragmentaire. L'essentiel du récit se résume comme suit : Le dieu Môt demande au dieu Baal de descendre dans sa gorge, qui est "la gorge des lions du désert". Ainsi disparaît Baal, après quoi, sa soeur Anat pris le deuil, éclairée par la "lampe divine" le soleil (Shamash) va trouver Môt et le "fend avec le fer, avec le van elle le vanne, avec le feu elle le brûle, avec la meule elle le broie (...)". Baal reparaît (...) et s'installe sur son trône.

Ce qui très important à signaler, c'est que la tradition populaire avait retenue surtout le rôle du dieu Baal, celui de dieu des eaux et de la pluie fécondante pour les cultures agraires en opposition à Môt, symbole de la sécheresse et de la mort. Ne dit-on pas jusqu'à nos jours "c'est une terre Baal" voulant préciser qu'elle est uniquement arrosée grâce à l'eau de pluie "fécondante". Le dieu Baal est particulièrement le modèle des dieux morts et ressuscités, signe du triomphe de la vie, mais surtout le renouveau annuel de la nature.

Baalat Gubal ou Gebal : la dame de Byblos. Déesse suprême de Byblos dont le nom est attesté en Egypte depuis le Moyen Empire et considéré dès lors comme un titre de Hathor. Vénérée à Byblos dès l'Ancien Empire (vers XXV°-XXIV° siècles av.J.C.). Il est vraisemblable que l'identification de la Baalat Gubal à Hathor remonte à cette époque. La documentation égyptienne en a gardé les traces jusqu'à l'époque de Ptolémée X (107-88 av.J.C.). La pièce la plus représentative de la Baalat Gubal reste la stèle de Yehawmilk, conservée au Musée du Louvre. La déesse est représentée assise sur un trône de type égyptien, habillée de la robe collante des déesses égyptiennes, avec la dépouille du vautour, surmontée d'un disque solaire entre les cornes, sur la tête. Sa main droite est levée en signe de bénédiction et la gauche empoigne un sceptre ouadj, symbole de la symbiose d'Isis-Hathor.

Baalbek : cf. rubrique les Cités.

Baal Hamon : vraisemblablement seigneur de l'Amanus. La plus ancienne attestation connue de ce nom divin remonte à environ 825 av.J.C. et provient de Zincirli, capitale d'une principauté araméenne située sur les pentes orientales de l'Amanus. Baal Hamon est comme Dagon et Saturne, un dieu de l'agriculture. Plusieurs vestiges retrouvés sur le pourtour méditerranéen, surtout dans le monde punique, le représente assis sur un trône ou debout tenant une tige de blé ou parfois trois épis dans la main gauche. Ce symbole de trois épis est présent également sur les pièces de monnaie puniques

Baalhanon : du phénicien, signifiant dieu s'est montré favorable. Nom proprement phénicien porté par un des fils de Yakinlu, roi d'Arwad au VII° siècle av.J.C.

Baal Malagê : la seule mention de ce dieu figure dans les malédictions finales du traité imposé à Baal I de Tyr par Asarhaddon. Il est invoqué en même temps que Baal Shamin et Baal Saphon afin de provoquer la perte des navires tyriens en cas de non-respect du traité. Ceci pourrait en faire un dieu des intempéries ou de la navigation.

Baalmilk : deux significations sont avancées, soit Baal est roi, soit Baal est devenu roi. Ce nom fut porté par plusieurs rois de Chypre : Baalmilk I, roi de Kition durant la première moitié du V°siècle av.J.C. qui régna après la révolte chypriote écrasée par Xerxès en 479 av.J.C. Baalmilk II, roi de Kition et d'Idalion dans la seconde moitié du V° siècle, connu pour son monnayage et par deux inscriptions mentionnant aussi son père Azzibaal et son grand-père Baalmilk I.

Baal Saphon : de l'ougaritique, signifiant seigneur de Saphon, le Mont Saphon, actuel Djebel el-Aqra' à environ 40Km au Nord d'Ougarit. Les plus anciens témoignages de son culte nous viennent d'Ougarit où les ancres votives de son temple attestent de sa qualité de protecteur de la navigation. Au XIII° siècle av.J.C. on évoque son culte à Memphis, en rapport avec une barque sacrée. Il fut également invoqué à témoin dans le traité imposé au VII° siècle par Asarhaddon au roi Baal de Tyr, il est chargé de déchaîner la tempête en cas de félonie. Il est vénéré à Délos, à Corfou, en Espagne où son nom figure sur une ancre en plomb et aussi à Carthage où il a son propre temple.

Baal Shamin ou Shamêm: maître des cieux ou seigneur céleste. Ce titre fut appliqué dès le II° siècle aux divinités suprêmes des panthéons syro-palestiniens, anatoliens ou suméro-akkadiens. Au Ier siècle, il s'imposa comme divinité autonome et son culte connut une grande diffusion dans le monde araméen où il est attesté du IX° au II° siècle ap.J.C. Il apparaît en Phénicie dans l'inscription de Yehimilk, roi de Byblos, où il est cité avant la Baalat Gubal et les dieux de Byblos. Dans un traité entre le roi assyrien Asarhaddon et Baal, roi de Tyr, le dieu Baal Shamin est cité à côté de Baal Malagê et Baal Saphon. Certains historiens le reconnaissent aussi dans le Baal dont Jézabel la tyrienne implanta le culte sur le Mont Carmel. Une dédicace grecque du II°-III° siècles ap.J.C. le nomme "Zeus Héliopolitain du Carmel". A l'époque Hellénistique, Baal Shamin apparaît dans une inscription phénicienne d'Um el-Amed (au sud de Tyr) où il avait son temple, qualifié en grec de "Zeus Très Haut". Son culte prit un essor considérable sous les Séleucides qui en avaient fait un dieu dynastique sous le nom de "Zeus olympien".

Baalshillem : du phénicien, signifiant Baal a récompensé. Anthroponyme attesté dans le monde phénicien et punique. Nom porté par les rois de Sidon : Baalshillem I, seconde moitié du V° siècle av.J.C. avec une inscription à Bostan ech-Cheikh, il était le père de Abdémon. Baalshillem II, vers 400 av.J.C., fils de Baana, connu également pour une inscription à Bostan ech-Cheikh, gravée sur une statuette de "temple boy" et dédiée en son nom au dieu Echmoun.

Baana : du phénicien, probablement Baal a donné. Roi de Sidon vers la fin du V° siècle, connu par une inscription phénicienne de Bostan ech-Cheikh et par les émissions monétaires. Il était fils du roi Abdémon père de Baalshillem II. On lui attribue le sarcophage "lycien" de la nécropole de Sidon.

Baléares : îles de la Méditerranée occidentale (Espagne). Hormis quelques références classiques à la présence des mercenaires Baléares, frondeurs célèbres, dans les armées carthaginoises au cours des guerres de Sicile, au IV°s., et lors des guerres puniques, les activités phénico-puniques dans les Baléares sont un acquis récent de la recherche. Le nom Baléares désignait seulement Majorque et Minorque, toutes deux sur la voie maritime des îles qui jalonnent la Méditerranée. A Majorque, on constate la présence sporadique d'objets phéniciens et surtout puniques, dès la fin du VI° s. av.J.C., dans les villages de civilisation autochtone. il faut les mettre en relation avec l'installation d'un comptoir à Ibiza, réalisé dès le milieu du VII° siècle.

Barcides : le nom de Barcides remonte au surnom Barkas ou Barca (en punique "éclair") d'Hamilcar qui, dans les dernières années de la première guerre punique (264-241) et durant la seconde moitié de la guerre des Mercenaires (241-238), remplissait les fonctions de navarque et de stratège. Faisaient partie des Barcides : Hannibal, Hasdrubal et Magon, les fils d'Hamilcar, ainsi que Hasdrubal gendre d'Hamilcar.

Barnett, Richard D. : (1909/1986). Historien de l'art, dont les nombreuses publications couvrent tout le domaine de l'art proche-oriental. Après ses études à Cambridge et un long séjour à la British School d'Athènes, il travailla au Musée Britannique de Londres où il fut nommé conservateur du département des Western Asiatic Antiquities en 1956. Parmi ses ouvrages, A Catalogue of the Nimrud Ivories (London, 1957, 1975), Ancient Ivories in the Middle East and Adjacent countries (Jérusalem, 1982) et un ouvrage posthume publié avec C. Mendleson, Tharros : A Catalogue of Material in the British Museum from Phoenician and Other Tombs at Tharros (London, 1987).

Barque : la barque phénicienne se distingue du vaisseau de guerre et du bateau de commerce car elle appartient à l'art figuratif. Les modèles se résumaient à deux types de barques : la barque à têtes de canard, conçue au début du Ier millénaire et semble issue de la tradition égéo-philistine, avec parfois la coque munie d'une paire d'ailes. Quand à la proue, lorsqu'elle ne présentait pas une deuxième tête d'oiseau, elle pouvait se terminer par une queue ornithomorphe. Ce type de barque ne semble pas avoir survécu à l'âge du Fer II, contrairement à la barque du second type, s'inspirant de la barque solaire égyptienne. Ce deuxième type de barque fut plus répandu, il apparut surtout à partir du VIII° siècle avec les ivoires d'ornementation pour les meubles et objets de décoration. La barque y est associée au disque solaire portant la couronne des divinités égyptiennes, symbole omniprésent dans l'histoire des relations entre les cités du Levant et l'empire d'Egypte, en particulier le commerce du bois de cèdre servant à la construction de ces barques.

Barthélemy Jean-Jacques : (L'abbé /1716-1795). "Associé" de l'Académie des inscriptions et des Belles Lettres à Paris, L'abbé Barthélemy présenta en 1758 une communication intitulée "Réflexions sur quelques monuments phéniciens et sur les alphabets qui en résultent", dans laquelle il proposait le déchiffrement du phénicien. Le point de départ fut l'inscription bilingue de Malte, en phénicien et en grec dont l'abbé Barthélemy avait complété le déchiffrement par l'analyse des légendes phéniciennes de diverses monnaies de Tyr et de Sidon et par l'étude des 33 inscriptions phéniciennes que Richard Pococke avait trouvé à Kition en 1738.

Batnoam : du phénicien, signifiant fille des délices. Mère du roi Azzibaal de Byblos. Son sarcophage fut trouvé en 1929 près du Château des Croisés. L'inscription "Je repose dans la pourpre, un couvre-chef sur moi et un masque d'or à ma bouche" est datable de la première moitié du IV° siècle av.J.C.

Batroun : ville côtière du Liban, à 15Km au nord de Byblos dont elle dépendait à l'époque d'el-Amarna. Elle ne tarda pas à tomber entre les mains d'Abdi-Ashirta d'Amurru. Située à l'écart de l'ancienne route côtière, la ville ne s'est jamais dotée de port, restant ainsi loin des grandes activités marchandes.

Béqa' ou Béqaa : cette plaine fait partie de la faille Est-africaine qui s'étend jusqu'au Taurus et comprend la vallée de L'Oronte, du Jourdain et la Mer Rouge. A l'Ouest, elle est bordée des flancs orientaux, riches en sources du Liban, qui atteignent des sommets de plus de 3000m, à L'Est par l'Anti-Liban qui, au Sud, dans l'Hermon atteint presque 3000m. et au Nord-est s'atténue progressivement vers le désert syrien. Au Sud, la Béqa' est barrée par la vallée du Litani, entre l'Hermon et le Liban. Au Nord elle est ouverte et s'aplanit, au Nord de Rabli jusqu'au bassin de Homs. Sa longueur est d'environ 110Km, sa largeur de 8 à 14Km. Elle s'élève en moyenne à 900m d'altitude et près de Baalbek elle atteint environ 1100m. Dans l'Antiquité, la Béqa' joua un rôle important dans les communications. Elle fut la principale voie entre l'Egypte et la Syrie-Mésopotamie. L'expansion égyptienne au Nouvel Empire, vers la Syrie, utilisa la Béqa' comme le montrent les textes d'el-Amarna. La ville de Kumidi (Kamed el-Loz) en marge de la Béqa' méridionale fut le siège du représentant du pharaon (le Rabû). A l'époque hellénistique, la Béqa' joua un rôle dans la lutte entre Séleucides et Ptolémées.

Bès : dieu égyptien d'aspect effrayant et aux fonctions multiples. Réputé en particulier pour sa protection contre les serpents et les scorpions, pour favoriser l'amour et la fécondité. Danseur et musicien, il se rattache au cercle d'Hathor. Depuis le Moyen Empire Bès est figuré de face comme un dieu léonin au visage grimaçant, vêtu de la dépouille du fauve avec la queue entre ses jambes écartées. Il est barbu, coiffé d'une couronne de plumes ou de palmes. Cette image apparaît en Phénicie et à Chypre au cours du Bronze Récent sur sceaux-cylindres, des vases en faïence et en ivoires. Cette représentation de Bès subit les influences de la région et sa tête se rapprocha de celle des démons grimaçants babyloniens alors que sa couronne s'orne de cornes.

Bétyle : beit El, maison du dieu El. Le bétyle est souvent une pierre ou stèle de formes et dimensions diverses qui localise la présence divine et marque l'emplacement d'un lieu saint. Un des bétyles les plus souvent signalés est celui de la monnaie giblite (Byblos) de Macrin, au III°siècle ap.J.C. où l'on voit une pierre conique dressée dans la cour du sanctuaire. Un bétyle semblable figure au centre de la cella tripartite sur des monnaies de Paphos (Chypre) et un monolithe en forme de cône d'une hauteur d'environ 1,41m a été retrouvé à Gozzo (île près de Malte). Des centaines de bétyles taillés en piliers isolés, en couple, en triade ou en double triade figurent sur les stèles puniques et les cippes en forme de trônes. Le rassemblement le plus célèbre reste toutefois le temple dit des obélisques à Byblos (II° millénaire).

Beulé, Charles Ernest : (1826-1874). Membre de l'Institut de France, archéologue et historien de l'art grec, fouilleur des Propylées de l'Acropole d'Athènes, auteur de nombreux ouvrages. Il inaugura en 1859 l'exploration scientifique des ruines de Carthage et en publia les résultats dans ses Fouilles à Carthage (Paris, 1861).

Beyrouth : cf. rubrique les Cités.

Bible : dans l'Ancien Testament (la Bible hébraïque), les termes de Phénicie et Phéniciens n'apparaissent jamais. Dans la traduction grecque on les nomment Cananéens (Canaan) ou Sidoniens (Sidon) car les Phéniciens se présentaient en appartenance à leurs cités : Sidoniens, Tyriens ou Giblites. Cependant, la Bible constitue une référence dans la connaissance de la civilisation phénicienne surtout dans ses rapports avec Israël. D'après la Genèse, Sidon est "le premier-né de Canaan". Dans la première moitié du X° siècle sous David et plus particulièrement sous Salomon, Tyriens et Israélites développèrent des relations politiques et économiques. Une alliance entre Hiram, roi de Tyr et Salomon, roi d'Israël facilita la construction du Temple de Jérusalem, les échanges commerciaux entre les deux pays ainsi que les expéditions conjointes vers le pays d'Ophir. Au IX° siècle, Omri, roi d'Israël noua une nouvelle alliance en mariant son fils Achab avec Jézabel, fille d'Ittobaal, roi des Sidoniens. Cette alliance, en partie dirigée contre les Assyriens entraîna le développement du culte de Baal en Samarie, provoquant la réaction du prophète Elie au Mont Carmel. Elie persécuté, trouva refuge à Sarepta (entre Sidon et Tyr). Les privilèges accordés à Baal par Jézabel en Samarie et Athalie à Jérusalem furent supprimés par des coups d'Etat de Jéhu à Samarie en 841 et de Yehôyada à Jérusalem en 835. A partir du VIII°siècle, plusieurs prophètes n'hésitèrent pas à critiquer la richesse des cités phéniciennes, le plus éloquent fut Ezéchiel dans son Elégie sur Tyr. Après l'Exil, la construction du "second temple" nécessita, à nouveau, l'aide technique spécialisée des "Sidoniens et Tyriens". Dans le Nouveau Testament, les évangélistes parlent de Jésus se retirant dans la région de Tyr et Sidon et rencontrant une "Cananéenne" (Mathieu 15,22) ou "syro-phénicienne" (Marc 7,26) dont la foi préfigure celle des Phéniciens auxquels s'adressent les Hellénistes fuyant Jérusalem, puis les apôtres Barnabé et Paul. Ce dernier utilisa plus tard un bateau allant de Lycie en Phénicie qui le débarqua à Tyr, où il résida sept jours. Cf. rubrique personnages : Hiram & Salomon.

Bitia : du néo-punique, Maison de la Source. En grec Bithia. Important centre phénico-punique de la côte Sud de la Sardaigne, où Ptolémée distingue, sous l'Empire, la ville et le port de Bitia. Les restes de la ville, dont on a relevé les traces de murailles, se trouvent près de l'étang de Chia, qui communique avec la mer et a sans doute abrité le port de l'époque phénico-punique. Sur la colline de la Torre di Chia, site possible de l'acropole, on a mis au jour des vestiges de maisons de type punique, attesté encore à l'époque romaine ainsi que des restes de sanctuaires. Les tessons trouvés sur le site permettent de faire remonter les origines de l'établissement à la première moitié du VII° siècle (les tombes de la vaste nécropole, située sur la plage et utilisée jusqu'à la période romaine, datent de cette période).

Bochart, Samuel : (1599-1667). Hébraïste et pasteur de l'Eglise réformée française, connu pour son oeuvre monumentale et très érudite Geographia sacra seu Phaleg et Chanaan, parue d'abord à Caen en 1646, puis rééditée en 1662 par P. de Villemandy à Leiden et Utrecht. La première partie de l'ouvrage traite de la table des Peuples (Genèse.10) et la seconde est consacrée aux Phéniciens. Sa passion pour l'étymologie l'entraîna parfois à admettre comme des faits de pures hypothèses.

Bodashtart : du phénicien, dans ou par la main d'Astarté. Nom d'un des rois de Sidon petit fils d'Echmounazor I et successeur d'Echmounazor II. Les archéologues ont découvert au temple d'Echmoun à Bostan ech-Cheikh une vingtaine d'inscriptions de ce roi. Il entreprit beaucoup de restauration dans les différents quartiers de la ville et auprès de plusieurs édifices. Nom porté également pas plusieurs commandants carthaginois qui participèrent aux guerres puniques.

Bodbaal : du phénicien, dans ou par la main de Baal. Nom propre phénicien porté par un des fils de Yakinlu, roi d'Arwad au VII°siècle av.J.C.

Bomilcar: du phénicien, dans ou par la main de Melqart. Anthroponyme très répandu, spécialement à Carthage où il est porté par plusieurs suffètes.

Bostan ech-Cheikh : à deux Km au Nord-est de Sidon, sur la rive Sud du Nahr el-Awwali, le Bostrenos de l'Antiquité et l'Asclepius fluvius d'Antonin de Plaisance, qui mentionne aussi la source où se trouvait un sanctuaire renommé d'Echmoun, puis Asclépios. Il était situé à environ 1Km de l'embouchure de la rivière, au milieu des vergers du "bois sacré d'Asclépios" chez Strabon, et les inscriptions sidoniennes en font mention au V° siècle : Immi-Ashtart et son fils Echmounazor II, se glorifient d'avoir bâti ce "sanctuaire de la source de Yidal contre la montagne", bien que les travaux n'aient été entrepris que sous le règne de Bodashtart, comme le témoignent les deux séries d'inscriptions de fondation réparties dans les assises d'un podium monumental. Ernest Renan signala ce site qu'il visita en 1864. La découverte fortuite des premiers exemplaires de l'inscription de Bodashtart en 1900 y amena les fouilles de T. Macridi-Bey en 1901 et celles de W. von Landau en 1903-1904. Le dégagement des ruines, entrepris en 1963 par M. Dunand, permit de mettre au jour un ensemble unique de monuments s'échelonnant du VI° siècle av. au VI° siècle ap.J.C. Le temple primitif d'Echmoun semble avoir été un haut massif pyramidal avec une rampe d'accès et une réserve d'eau. Cet édifice, attribué à la période néo-babylonienne (605-539), a été englobé dans un podium d'environ 70x50 m, adossé contre la montagne et s'élevant à 22 m de hauteur. Il supportait un sanctuaire qui a dû rester en usage jusqu'au milieu du IV° siècle, époque où doit dater la "tribune" ou l'autel trouvé près de l'angle Nord-ouest du podium : haut de 7m il est orné de divinités et d'une farandole de danseuses, gravées en relief dans un style proche de celui des sarcophages royaux de Sidon. A l'Est, en contrebas du podium, s'élève une grande chapelle, environ IV° siècle av.J.C., pourvue d'une piscine pavée et d'un trône en pierre de l'Astarté sidonienne, flanqué de deux sphinx, entouré de lions et appuyé contre le mur de fond décoré de scènes de chasse en bas relief. A l'Ouest, une autre chapelle est centrée sur un chapiteau orné de quatre bucranes du IV° siècle av.J.C. D'autres vestiges datent de l'époque romaine : un escalier monumental, un autel cubique et des colonnes d'un grand portique entourant les bassins et d'autres installations cultuelles. Au cours des fouilles, huit ostraca phéniciens de l'époque achéménide, des milliers de petites verroteries et de nombreuses statuettes en marbre représentant un enfant (temple boy) furent trouvé. Ces ex-voto offerts à Echmoun évoquent la fonction du dieu guérisseur, qui s'exerçait à travers les ablutions auxquelles les enfants étaient sans doute soumis dans les bassins, sacrés et thérapeutiques, alimentés en eau courante. cf.Rubrique cartes : le temple d'Echmoun et Articles : religion.

Bronzes : les Phéniciens étaient renommés pour le travail du bronze. Les Annales assyriennes, l'Ancien Testament et Homère en témoignent. Un bronzier tyrien Hiram, réalisa pour Salomon, les objets en bronze du Temple de Jérusalem. Cependant la documentation archéologique relative à cette production reste assez limitée. Les pièces retrouvées en Phénicie et dans les comptoirs méditerranéens démontrent un style nettement égyptisant. Ces bronzes étaient travaillés en pleine fusion, selon la technique de la cire perdue et parfois ils étaient recouverts de feuilles d'or ou d'argent. Tant par leur technique que par leur iconographie, les bronzes phéniciens continuaient la grande tradition bronzière cananéenne. Parmi les représentations iconographiques les plus connues, nous retrouvons le dieu de l'orage (I°millénaire), avec le bras levé, frappant avec une arme. Ce dieu, en position debout, porte un pagne à la mode égyptienne et une couronne conique. Plusieurs suppositions attribuaient cette représentation aux dieux Baal, Hadath ou Resheph. La version féminine représente une déesse guerrière, Anat ou Astarté, revêtant une longue tunique collante sur un corps élancé et portant sur la tête une perruque échelonnée ainsi qu'une couronne égyptienne parfois associée à une tiare à trois cornes de tradition syrienne. D'autres dieux et déesses sont représentés bénissant, en position debout ou assis sur un trône, souvent avec des attributs à la mode égyptienne (couronne hathorique, coiffure égyptienne, ...). des statuettes diverses sont également retrouvés dans les cités et un peu partout dans les comptoirs méditerranéens (Espagne, Sardaigne, Tunisie, ...) représentant une déesse nue avec les mains posées sous ses seins, un joueur de lyre, une déesse allaitant un enfant, un joueur de cistre, statuettes avec des fleurs de lotus sur le torse symbole du dieu de la végétation ou statuettes momiformes avec le visage couvert d'une feuille d'or.

Byblos : cf. rubrique les Cités.

Byrsa : nom d'un quartier de Carthage dont la signification et la portée reste problématiques. La seule explication proposée à ce jour, qui admette l'origine phénicienne du nom et tienne compte de sa consistance phonétique, est celle de bi'r-sa, "puits des brebis". Dans les textes classiques relatifs à la fondation de Carthage, Byrsa apparaît liée à un jeu de mots. Débarquée en Afrique, la princesse Elissa-Didon achète aux indigènes autant de terre que peut en ceindre une peau de boeuf, en grec bursa. Entre légende et recherches scientifiques on suppose que ce terme pourrait définir le lieu du premier établissement, le noyau central urbain.

Byzacène : nom qui désignait en grec la zone de l'actuel Sahel tunisien s'étendant du golfe de Gabès (la Petite Syrte) à celui de Hammamet. La ville principale en était Hadrumète (Sousse). Célèbre pour sa fertilité et ses récoltes exceptionnelles de céréales. En 203 Hannibal débarqua, revenant d'Italie, pour s'y approvisionner en blé avant l'ultime phase de la 2ème guerre punique.



LETTRE C

Cadix ou Gadès: du phénico-punique "le mur" ou "l'enclos" servant d'entrepôt comme le note l'historien Pline. Située sur les rivages atlantiques de l'Andalousie, au delà du détroit de Gibraltar, Cadix se trouve à l'Est de l'embouchure du Guadalquivir qui draine les richesses de la Sierra Morena. C'est le principal établissement phénicien de la côte ibérique, le plus proche des fournisseurs de métaux du pays de Tartessos et jouant un rôle prééminent dans la production artisanale phénicienne. Selon les auteurs classiques, Cadix a été fondée au XII° siècle av.J.C. à l'instar de Lixus et Utique, démontrant ainsi l'antiquité du site. L'historien Strabon évoque cette installation phénicienne en précisant les tâtonnements qui ont précédé le choix de Cadix : après avoir conduit deux expéditions infructueuses une à Almunécar et l'autre à Huelva, les Tyriens se blottirent dans une baie, en face d'habitats indigènes déjà développés grâce à la métallurgie, source de richesse et but de leur venue en ces lieux. Le récit de la fondation se rattache à celui de la fondation du sanctuaire de Melqart-Héraklès, premier souci de ceux qui installent un nouveau comptoir. Les fonctions du temple étaient multiples : rendre un culte au dieu de la mère patrie, servir de lieu d'asile, collecter les redevances dues par les marchands, garantir l'honnêteté des transactions. Le prestige du temple grandit au point de figurer sur les pièces de monnaies puniques de Cadix. L'Hercule Gaditanus (l'Hercule Gadésien) reparaît sur les pièces romaines des empereurs Trajan et Hadrien, tous deux originaires d'Espagne. Le culte persista également durant la période romaine. L'archéologie n'a rien révélé du temple, mais les auteurs anciens, notamment Strabon le décrivent avec des autels, les deux stèles de bronze (celles de Boaz et Jakin comme à l'entrée du temple de Melqart à Tyr), les portes décorées des douze travaux d'Hercule et sa source d'eau douce.

Cagliari: en punique Krly, en grec Karalis, excellent port naturel au fond du golfe de Cagliari, sur la côte sud de la Sardaigne. L'historien Pomponius Méla prétend que Cagliari est, avec Sulcis, la plus ancienne ville de la Sardaigne, mais Pausanias attribue cet honneur à Nora et affirme que Cagliari a été fondée par les Carthaginois. Les tessons grecs et phéniciens découverts dans la partie Ouest de la ville, remontent à la fin du VIII° s, mais les plus anciens vestiges architecturaux mis à jour dans cette zone ne datent que des VI°-IV° siècles.

Cadmos ou Kadmos : éponyme de Cadmée, l'ancien nom de Thèbes de Béotie (en Grèce), où les vestiges du palais mycénien ont livré une collection de sceaux orientaux témoignant des relations de la cité avec le Proche-Orient au Bronze récent. La légende de Cadmos semble inconnue à Homère et Hésiode mais attestée par Hérodote. ce dernier raconte que Cadmos, fils du roi légendaire Agénor (considéré comme fondateur de Tyr) fut envoyé par son père à la recherche de sa soeur Europe enlevée par Zeus, métamorphosé en taureau. Après des recherches infructueuses qui l'ont amené à Théra, il s'arrêta finalement à Cadmée/Thèbes dont il fut le fondateur. Deux traits de la légende de Cadmos se rapportent à l'expansion phénicienne :

Son origine phénicienne : La légende de Cadmos le qualifie de Tyrien d'où son apparition sur les monnaies impériales romaines de Tyr et de Sidon. Cette légende reflète l'insertion d'un ancien récit de fondation, relatif à la Cadmée, dans le cadre de diverses narrations grecques qui évoquaient l'expansion phénicienne en Méditerranée au I° millénaire av.J.C. et la situaient à l'âge héroïque, antérieur à la guerre de Troie.

Ses inventions : Cadmos aurait fondé le culte d'Athéna à Lindos et celui de Poséidon à Rhodes, dédié des autels et un temple aux deux divinités sur l'île de Théra. Il aurait entamé l'exploitation des mines, inventé le travail du bronze, alimenté la Cadmée en eau au moyen d'aqueducs, autant de traits de l'esprit inventif attribué aux Phéniciens par les Grecs. Mais c'est surtout l'introduction des phoinikéia ou Cadméia grammata, c'est-à-dire l'alphabet emprunté par les Grecs aux Phéniciens, qui est attaché au nom de Cadmos.

Canaan : région qui s'étendait du Jourdain et de la Mer Morte à la Méditerranée, des frontières de l'Egypte (Wadi-al-'Arich) jusqu'aux montagnes du Liban au nord et dont les habitants étaient qualifiés de Cananéens. Le nom de Canaan aurait déjà figuré dans les textes d'Ebla sous la forme de Kà-na-na mais la première mention sûre se trouve dans une lettre de Mari, datant du XVIII°siècle av.J.C. C'est attesté ensuite à Alalakh dans l'autobiographie d'Idrimi, dans les lettres d'el-Amarna, à Ougarit, dans plusieurs textes égyptiens et hittites. Les grandes cités de Canaan ont fleuri dès le néolithique avec le développement de l'agriculture et la sédentarisation, avec les plus anciennes de toutes Byblos et Jéricho. Pourtant, les historiens ne disposent à leurs propos que de brèves inscriptions et surtout des textes bibliques. Ce manque de documentation a conduit, depuis toujours, à l'amalgame défendant une théorie qui fait de Canaan un nom de la Phénicie. Selon la tradition grecque, qui peut remonter jusqu'à Hécatée de Milet, le pays de khnà ou chna correspondait aux territoires des cités phéniciennes. La Bible fait de Sidon "le premier né de Canaan", Laodicée de Canaan (l'actuelle Beyrouth) connue par ailleurs comme Laodicée de Phénicie. Les Chanani, paysans de l'Afrique du Nord à l'époque de Saint Augustin, se disaient d'origine punique donc phénicienne. Ce qui est plus ou moins vrai c'est qu'une partie du territoire cananéen, connu plus tard sous le nom de Phénicie, fut conquit en 1200 av.J.C. par les Peuples de la Mer qui créèrent des activités maritimes expansionnistes et commerçantes. Avec leur installation, ils se sont simplement mélangés aux gens du pays, les Cananéens, paysans et pasteurs.

Carthage : en phénico-punique, Qarthadath, "ville neuve". D'après les données de l'historien Timée, Carthage fut fondée en 814/3, selon le témoignage unanime des auteurs classiques. Ses fondateurs furent des citoyens Tyriens (Cf. rubrique Personnages, Elissa fondatrice de Carthage). Une des causes déterminantes du choix du site de Carthage aurait été sa situation favorable du point de vue commercial et défensif. Il se peut qu'à la tête de la nouvelle fondation se trouve un gouverneur qui agissait au nom du roi de Tyr. Vers les VIII°-VII° siècles, quand Carthage s'émancipa politiquement, le roi carthaginois prit la place du gouverneur tyrien. Au cours du VI° siècle, il semble que le roi fut remplacé par un ou deux juges, les suffètes. Après une période de stabilisation, la ville connue un essor relativement rapide grâce à un vaste réseau de relations commerciales, soigneusement entretenues et ensuite protégées militairement. Cet essor amena la création de comptoirs et colonies. Carthage réussit à coordonner et à contrôler les diverses mouvements d'expansion phénicienne et à rassembler les divers comptoirs et colonies de l'Occident en un seul Empire qui s'étendit depuis les Autels des Philènes jusqu'à Mogador et Gadès et englobait les Baléares, la Corse (Alalia), la Sardaigne et l'Ouest de la Sicile. Dans la plupart de ces régions, des conflits militaires éclatèrent avec les populations autochtones ou immigrées, dont le but fut la défense des intérêts carthaginois. Les Carthaginois menèrent des guerres multiples contre les Grecs de Sicile et leur intervention en faveur des Marmetins de Messine, en 264, les amena à affronter la puissance romaine en pleine expansion, annonçant ainsi le début des trois guerres puniques qui furent imposées aux Carthaginois par les Romains.

Carthage de Chypre: du phénicien Qarthadath "ville neuve", fondée par les Phéniciens à Chypre vers le milieu du VIII° siècle. Le roi Hiram de Tyr (vers 736-729) y était déjà représenté par un gouverneur.

Carthage Sarde: deux dédicaces puniques de Sardaigne, l'une de Tharros, l'autre d'Olbia, mentionnent une "ville neuve". La première date l'achèvement d'un monument religieux du suffétat d'Adonibaal et de Himilkot, "suffètes à Carthage". Dans la deuxième inscription, le dédicant affirme appartenir au "peuple de Carthage" ou commander "l'armée de Carthage". La Carthage d'Afrique ? Il semble que ces deux dédicaces provenaient de généraux ou amiraux carthaginois présents à Sardaigne au temps de la 1ère guerre punique.

Carthagène : en punique Qarthadath "ville neuve" ou "la Carthage neuve", en latin Carthago Nova. Ville d'Espagne auprès du cap de Palos, sur une baie qui est le meilleur port de la côte méridionale de l'Espagne et offre des salines propices à l'industrie de salaison, à proximité de mines d'argent très riches. Carthagène fut fondée par Hasdrubal Barca vers 228 av.J.C., dans les parages de Mastia, une ville des Tartessiens. Hasdrubal y construisit un magnifique palais, y installa de vastes chantiers et arsenaux, ainsi qu'un atelier monétaire dont proviennent les documents les plus significatifs de cette courte période qui sépare la fondation de Carthagène de sa prise par Scipion l'Africain en 209. Polybe, qui visita Carthagène en 133, décrit les vestiges de l'époque barcide. On n'a retrouvé jusqu'à présent que de la céramique punique, surtout des amphores de la fin du III° et début du II° siècles. En revanche, des traces d'un commerce phénico-punique antérieur au III° siècle sont mises à jour, tant dans la ville même, sous forme de poterie, qu'en mer près du cap de Palos, sous forme d'une ancre en plomb portant des monogrammes d'apparence phénicienne. Une épave de bateau du IV° siècle fut également repérée au "Bajo de la Campana I", près de l'Isla Grosa, qui transportait entre autres des défenses d'éléphants, certaines avec une inscription phénicienne. Par ailleurs, les trouvailles de poteries avec des estampilles ou épigraphes puniques témoignent de l'usage de cette langue dans la région de Carthagène jusqu'au I° siècle av. ou ap.J.C.

Carthalon : du punique "Melqart a sauvé". Anthroponyme attesté à Carthage, où il fut porté par des suffètes, militaires, hommes politiques et négociants.

Cèdre : Cedrus Libani, le cèdre avait une valeur symbolique comme aujourd'hui encore au Liban. Il était utilisé comme bois de construction à cause de son prestige, de sa dureté et de son caractère imputrescible, mais il était en concurrence avec d'autres bois plus légers et aux fûts plus réguliers, comme le pin ou le sapin. On tirait du cèdre plusieurs produits d'usage courant et ses emplois médicaux et religieux étaient multiples (sa résine était fort recherchée pour son utilisation dans le processus de momification). Les plus beaux bois phéniciens: le cyprès, le genévrier et en particulier le cèdre, étaient exportés vers divers horizons, spécialement en Egypte et en Mésopotamie. Les plus anciennes attestations de ce commerce remontent au III° millénaire. A l'époque proprement phénicienne (vers 1200-300 av.J.C.), l'aventure d'Ounamon, l'envoyé du pharaon venu à Byblos au XI° siècle évoque l'importance de ce commerce. Le roi Salomon demanda au roi Hiram I de Tyr le bois nécessaire à ses constructions (le temple de Jérusalem et son palais). Les rois assyriens firent abattre des cèdres et imposèrent aux cités la livraison d'autres essences comme tribut annuel. Une lettre retrouvée à Nimrud, datant du règne de Téglat-Phalasar III, montre le gouverneur assyrien réglementant l'exploitation de la forêt libanaise et s'opposant à l'exportation du bois vers la Philistie ou l'Egypte. Dans la littérature assyro-babylonienne, deux courants se dégagent qui associent, l'un, le cèdre à l'Amanus (massif montagneux au sud-est de l'actuelle Turquie), l'autre, au Mont Liban. Pour le premier de ces courants, bien représenté à l'époque néo-assyrienne, le Liban est la montagne du cyprès. A l'époque perse, lorsque les Juifs reconstruisent le temple de Jérusalem, ce sont des Tyriens et des Sidoniens qui fournissent le bois nécessaire, tandis que les souverains achéménides se font aménager des "réserves royales".

Céramique : au Bronze Récent, la côte syro-phénicienne a le même répertoire céramique que le reste du pays de Canaan. Après 1200 av.J.C., lorsque l'aire cananéenne désormais appelée Phénicie, se réduit à la zone côtière, émerge un répertoire distinct, plus proche de la céramique chypriote que celle de l'arrière-pays. La céramique de l'âge de fer connaît deux grandes périodes : une phase Bichrome, vers 1200-850, et une phase Red Slip (engobe rouge), vers 850-550. Pendant la première phase, les cercles concentriques noirs, rouges et parfois blancs, constituent la décoration la plus prisée. Après 850, le décor à engobe rouge poli est plus répandu, tandis que le décor bichrome n'est utilisé que pour les bandes, exceptionnellement pour les cercles. Les premières productions sont ordinaires, l'intérêt de la céramique est loin de rechercher l'esthétique comme dans la production grecque. La céramique phénicienne est avant tout utilitaire, elle sert à transporter les denrées pour les échanges (Cf. Articles, l'expansion phénicienne : la poterie et la céramique au service du commerce). Avec l'installation des comptoirs commerciaux, la céramique subie les influences indigènes. On peut évoquer deux tendances : les formes d'origine orientale et les formes empruntées à la céramique indigène.

Formes d'origine orientale : parmi les formes les plus courantes nous retrouvons (1)- Les oenochoés à bobèche et à embouchures trilobée, destinées respectivement à l'huile et au vin, ainsi que les petites bouteilles ou jarres à fond arrondi. (2)- Les bols carénés et les grands plats à bord légèrement recourbé et à cuvette centrale ainsi que les lampes à un ou deux becs. (3)- Les trépieds, connus en Orient dès le III° millénaire, faits en pierre alors qu'en Occident ils étaient en terre cuite et dont l'usage reste encore discuté. Bases d'appui pour amphores ou plutôt mortiers, aisément transportables pour la préparation de colorants, peintures, etc. (4)- Les amphores dont deux types proviennent de la "jarre cananéenne" pour le transport des céréales.

Formes empruntées à la céramique indigène : outre les formes qui viennent directement de l'Orient, les comptoirs phéniciens ont développés des modèles qui leur étaient propres mais inspirés de prototypes orientaux comme les jarres ovoïdes à deux ou quatre anses doubles et petites, les ampoules ou petits flacons à huile, au goulot renflé et au corps ovoïde, pour les parfums et onguents. L'influence des cultures indigènes fut illustrée dans le cas de la céramique grise phénicienne de l'Occident. Parfaitement distincte de la céramique grecque postérieure, cette céramique fut produite dans le sud et le sud-est de l'Espagne. Elle conserva les types de bols et de plats orientaux se distinguant toutefois par une pâte et une surface couleur gris foncé, polie, qui résulte d'une technique tartessienne (Tartessos) remontant au II° millénaire. Toutes ces productions étaient de la céramique tournée, les productions modelées étant réservées à l'utilisation domestique (cuisine) et dont les traces sont inexistantes vu l'occupation permanente des sites antiques jusqu'à nos jours, empêchant la fouille des habitats.

Cerro del Prado : établissement phénicien d'Espagne situé près de San Roque, au fond de la baie d'Algéciras. Le site surplombe à environ 20m la rive gauche de Rio Guadarranque et se trouve aujourd'hui à 1500m du rivage, séparé de la mer par un cordon de dunes et un large marais. Dans l'Antiquité, la mer bordait le monticule habité, où l'on discerne des murs de pierres et de briques. L'étude du matériel phénicien récolté sur le site, se composant de céramique polychrome à engobe rouge, permet de situer le début de la présence phénicienne vers le VII°siècle av.J.C.

Cerro del Penon : voir Toscanos.

Cherchel : en Algérie, à 27 Km à l'Ouest de Tipasa, l'antique Iol-Caesarea, " l'île au sable ". C'est précisément dans l'îlot fermant le port de Cherchel que l'on a trouvé les premiers vestiges d'une occupation datable du V° siècle av.J.C. L'agglomération devait être étendue à une date ancienne puisque les fouilles entreprises par une équipe algéro-britannique au centre de la ville moderne ont révélé, sous le dallage sévérien du forum (vers 200 ap.J.C.) des niveaux d'occupation de cette même époque, avec de la céramique et une lampe punique que les fouilles datent aussi haut que le VI° siècle av.J.C. On ne sait pas bien à quel moment l'ancien "comptoir" punique devint une cité numide, peut-être dès le III° siècle av.J.C. sous les rois masaesyles (libyco-berbères).

Chorreras : site phénicien de la côte de Malaga, à 800m à l'Est de la vallée de Rio Algarrobo. Les fouilles entreprises en 1974 mirent au jour un des plus anciens comptoirs phéniciens du Sud de l'Espagne puisque ses origines remontent au milieu du VIII° siècle av.J.C. Situé sur un promontoire élevé, Chorreras a fourni d'abondants vestiges archéologiques d'une seule période d'occupation, vers 750-700 av.J.C. Parmi les trouvailles, les restes de grands bâtiments séparés par des espaces ouverts et des rues. La présence d'un nombre élevé d'amphores et de récipients de grandes dimensions indique que Chorreras était un centre commercial de stockage et d'échange de vin, d'huile et de céréales. Le site fut abandonné au début du VII° siècle av.J.C. et ne fut occupé plus tard que d'une façon sporadique.

Chousor : du phénicien punique, dieu artisan et architecte dont le nom signifie "expert". Il est connu par les textes d'Ougarit, où il est identifié au dieu mésopotamien Ea. Il est également mentionné par les historiens antiques tel Mochos de Sidon et Philon de Byblos qui l'assimilent à Héphaïstos et à Zeus. D'autres historiens considéraient Chousor comme le roi des Phéniciens et le père de Tammuz, dont s'était éprise la Baalat Gubal. Bâtisseur du palais de Baal, selon les mythes d'Ougarit, il était aussi le dieu forgeron et armurier, l'initiateur de la pêche et des constructions navales.

Chypre : île de 9251Km², située à 65Km de la côte anatolienne (Cilicie) et à 85Km de la côte syrienne; 350Km la séparent des bouches du Nil et 400Km de Rhodes, la plus proche des îles de l'Egée. Chypre présente trois grandes régions : la chaîne de Kyrenia borde la côte Nord, où les sites de Lapéthos et de Larnaka-tis-Lapithou ont livré des textes phéniciens. La plaine centrale, appelée Mésaoria, comprend les sites de Morphou, Lédra (Nicosie), Chytroi, Golgoi, idalion, Kition et Salamine. Enfin, le gros tiers Sud-ouest de l'île avec les sites de Tamassos, Amathonte, Kourion, Paphos et Soloi, est occupé par le massif de Trôodos. C'est dans ses contreforts, richement boisés, que se rencontrent les gisements cuprifères qui, aux yeux des populations voisines, constituèrent longtemps le principal attrait de l'île. Les contacts de Chypre avec l'Orient remontent au Néolithique mais les découvertes attestent surtout, avec les inscriptions d'Enkomi, près de Salamine, des contacts au Bronze Récent. Chypre, connue alors sous le nom d'Alashiya, entretint des relations commerciales et diplomatiques avec l'Anatolie, l'Egée, l'Egypte et la Syrie-Palestine. La brillante civilisation des XV°-XIII° siècles est bouleversée à partir de 1225 av.J.C. par l'arrivée des Egéens, puis des Achéens fuyant le Péloponnèse après la ruine des grands centres mycéniens de la Grèce continentale. Le caractère égéen des habitats de l'île s'affirma de plus en plus, principalement dans la poterie. Céramique et architecture attestent que l'île de Chypre entre, de 1200 à 1050, dans une nouvelle ère. Des destructions eurent lieu vers 1075, suite à un phénomène naturel ou à l'arrivée d'une dernière vague d'immigrants. La période de 1050-950 av.J.C. constitue à Chypre un âge obscur, au terme duquel les Phéniciens furent leur apparition dans l'île. Il est difficile de déterminer la nature de chacun des établissements, la gamme des possibilités étant large : comptoir commercial, point d'appui fortifié, cité-royaume ou bien simple présence de marchands et d'artisans. Cette population phénicienne à Chypre était entourée de tout un panthéon phénicien avec les dieux Baal, Echmoun, Resheph, Astarté, Anat, auxquels il faut ajouter Pumay et Sasm, divinités caractéristiques des Chypro-Phéniciens. Cependant l'iconographie religieuse était différente malgré les quelques modèles d'influence phénicienne comme les figurines de femmes enceintes ou les statuettes du "temple boy".

Cilicie : région au sud de la Turquie. Au II° millénaire cette région correspondait au Kizzuwatna, un royaume intégré à l'Empire hittite par Shuppiluliuma I. Les populations étaient majoritairement louvite avec une minorité hourrite. Dès le II°millénaire des contacts étroits furent établis entre le monde syro-phénicien et la Cilicie et plus particulièrement avec Ougarit. Du blé, des denrées précieuses, des travailleurs saisonniers et des marchands circulaient de part et d'autre. Le I° millénaire révèle une forte implantation phénicienne en Cilicie. A Tarse, la céramique phénicienne est attestée de 850 à 600 av.J.C. et après 500 un culte de Baal y est présent. Plusieurs sceaux et inscriptions furent trouvés attestant cette présence phénicienne. Sur le plan militaire, une alliance entre le roi de Sidon Abdimilkutti et le roi cilicien Sanduarri fut créée, afin de faire face au roi assyrien Asarhaddon.

Cité-Etat : ville fortifiée qui, avec son territoire souvent exigu, formait un mini-Etat gouverné par un roi, un dynaste, une oligarchie ou l'assemblée du peuple. La cité-Etat était la forme habituelle de l'Etat en Canaan à l'époque du Bronze récent, comme le montrent les lettres d'el-Amarna. La cité-Etat va survivre aux bouleversements du début du XII° siècle jusqu'à l'époque hellénistique.

Cité pérégrine : cité de l'Empire romain, spécialement en Afrique du Nord et dans la péninsule Ibérique, administrée selon les anciennes lois et coutumes locales. L'organisation municipale de ces cités pérégrines revêt donc une grande importance pour la connaissance de la civilisation punique.

Cité suffétale : cité gouvernée par deux, parfois trois suffètes, et dont l'administration municipale ressemblait à celle de Carthage. A l'époque de l'Empire romain, on connaît en Afrique du Nord encore une trentaine de cités suffétales, dont certaines continuèrent à être gouvernées par des suffètes jusqu'en plein II° siècle ap.J.C. Ceux-ci furent remplacés ensuite par des duumvirs ou des triumvirs, dont les titres représentent surtout la latinisation de l'ancien titre punique.

Commerce : le Phénicien a laissé dans la littérature gréco-latine l'image d'un commerçant avec toutes les connotations positives et aussi négatives (piraterie). Néanmoins, l'archéologie apporta sa contribution pour mieux connaître ces commerçants avec la découverte des céramiques et leur diffusion. Les amphores commerciales transportant vin, huile, conserves de poisson, de viande, de céréales aussi bien que les différents produits de l'artisanat. Une question s'impose, qui étaient les commerçants phéniciens ? Comme à chaque fois, nous sommes confrontés au manque de documentation précise. Par déduction, nous pensons aux Tyriens qui partaient vers Chypre, Carthage, l'Espagne,...des aristocrates riches qui possédaient les navires équipés pour de tels voyages et offrant aux rois locaux des cadeaux luxueux comme le précise Homère dans l'Iliade (un cratère d'argent offert au roi de Lemnos). Cependant, le même Homère, dans son Odyssée donne une description complètement changeante, évoquant un commerçant camelot, qui vend sa pacotille au hasard de ses pérégrinations dans la mer d'Egée et se transforme volontiers en marchand d'esclaves ou en ravisseur de filles. Tous ces textes sont à prendre avec beaucoup de précautions vu que les Grecs étaient les concurrents directs des Phéniciens en Méditerranée comme plus tard les Romains face aux Carthaginois.

Le commerce phénicien portait sur des petits objets de luxe, facile à transporter et assez onéreux, tels les scarabées égyptiens souvent de contrefaçon, des coquillages incisés, des oeufs d'Autruche peints, des bijoux, des objets d'ivoire, des vases à parfum, des verreries et faïences, des coupes d'argent ou de bronze. Les Phéniciens sillonnèrent la Méditerranée à la recherche des matières premières, les métaux : cuivre, argent et étain d'où leur intérêt pour le sud de l'Espagne, le sud de la Sardaigne, l'Etrurie. C'est à la recherche de l'étain, indispensable complément du cuivre pour la fabrication du bronze, qu'ils avancèrent dans l'Atlantique, en direction des Cornouailles. Le commerce les entraîna sur toutes les côtes méditerranéennes, passant par la Cilicie, l'Egypte, Chypre, Rhodes, en Libye, en Sicile, Sardaigne, en Espagne et au pays d'Ophir placé traditionnellement du côté de la mer Rouge. Cf. rubrique Articles, L'expansion phénicienne.

Comptoirs : les Phéniciens ont eu, depuis leurs premières expéditions maritimes, le souci d'établir des comptoirs, sur les promontoires des sites visités, longeant leurs parcours. A l'inverse des Grecs qui établirent des colonies, les Phéniciens installèrent des comptoirs commerciaux avec un but primordial, celui d'assurer le ravitaillement des navires qui prenaient le large à la découverte de nouveaux horizons et des ressources naturelles, tout autour du bassin méditerranéen et même au delà des colonnes d'Hercule. Cf. rubrique Cartes, l'expansion phénicienne.

Constantine : ville d'Algérie, l'antique Cirta, alliée de Carthage. Elle fut mentionnée pour la première fois à la fin de la deuxième guerre punique. Après la défaite carthaginoise, Massinissa I (roi des Massyles de la Numidie orientale) et ses successeurs en firent leur capitale jusqu'à la fin du royaume numide en 46 av.J.C. Grâce aux rois Massinissa et Micipa, Constantine s'est ouverte à la civilisation punique et par la suite au monde hellénistique. Au II° siècle, elle accueillit des immigrants carthaginois qui, aux côtés d'un petit nombre de Grecs et d'Italiens, participèrent au développement de la ville. La langue punique devint alors la langue officielle (stèles, monnaies). Un tophet fut découvert dans cette ville, consacré au dieu Baalhanon, où l'on a retrouvé 850 stèles votives avec des inscriptions en puniques et néo-puniques et les symboles des stèles carthaginoises : signe de Tanit, caducée, main, etc. Avec ce sanctuaire, Constantine est après Carthage le second centre religieux de tradition punique en Afrique du Nord.

Coroplastie : la coroplastie, procédé de fabrication de petites statuettes, fut très répandue au Proche-Orient suivant trois principes différents : modelage à la main retouché à la pointe pour le rendu des détails, façonnage sur le tour avec application de parcelles d'argile et moulage à travers un estampoir ou tampon (travail à la matrice plate) ou à travers un moule univalve (travail à la matrice en creux). Les types de statuettes les plus courants dans le répertoire cananéen de l'âge du bronze sont les statuettes de femmes joignant les mains ou soutenant les seins ou des femmes enceintes, représentant l'idéal féminin de fertilité et d'amour. A l'âge de fer, des types nouveaux apparaissent, repris par l'artisanat phénicien : la pillar woman "femme au pilier" dont le corps est fait au tour. Ces petits modèles furent découverts sur plusieurs sites tel Sarepta, Amrit ou Tyr.

Corporations : les inscriptions dédicatoires et funéraires ont conservé un grand nombre de noms phénico-puniques de métiers, que l'ont faisait suivre au nom propre du donateur ou du défunt. L'iconographie des stèles puniques évoque souvent la profession du dédicaçant en figurant les outils typiques de son métier. La question se pose de savoir s'ils étaient regroupés en corporations mises en pied par l'Etat, le temple ou le palais. Les artisans qui ont travaillé au temple de Jérusalem avaient été envoyés par le roi Hiram I de Tyr. Ceux que mentionne la tablette des comptes de Kition étaient au service du temple d'Astarté. Il devait cependant exister des corps de métiers dotés de leur propre organisation comme le suggèrent les titres, par exemple "artisan en chef", "fils de fondeur", "peseurs de monnaies", "fondeurs d'or".

Cortijo de las Sombras : site d'une nécropole datable du VI°-V° siècles av.J.C., située près de Frigiliana à environ 50Km à l'est de Malaga (Espagne) et à 5Km de la côte. On a mis au jour 15 tombes à crémation qui présentent des analogies avec les sépultures de l'île de Rachgoun (Oran). Les restes calcinés étaient déposés dans les urnes polychromes, de forme surtout globulaire, des assiettes plates faisant office de couvercles. On peut y observer des influences aussi bien phénico-puniques qu'indigènes bien marquées.

Cosmogonie : la formation du cosmos chez les Phéniciens ne fut connue que tardivement et cela d'après les récits grecs, imprégnés de conceptions philosophiques diverses. Chez Philon de Byblos, cité par Eusèbe de Césarée, la naissance du monde est décrite comme un processus physique dans lequel seuls interviennent des éléments : le vent et le désir et non la volonté agissante d'une divinité. Dans Traité des premiers principes de Damascius l'Univers,'lm chez les Phéniciens, naît de l'éther et de l'air, engendre l'oeuf cosmique et le dieu-artisan Chousor. Ce dernier ouvre l'oeuf et forme le ciel et la terre de chacune de ses deux moitiés. l'oeuf, considéré comme le début du cosmos, sera également utilisé pour l'enterrement des morts (jarres funéraires de forme ovoïdes) rappelant que la mort n'est que le commencement d'une autre vie.

Coupes métalliques : coupes ou patères furent célèbres dès l'époque d'Homère. On les obtenait en martelant une fine lame de métal (bronze, argent ou or) décorée ensuite ou repoussée avec beaucoup de raffinement ou gravée au burin. La forme la plus commune est la calotte sphérique, plus ou moins profonde et parfois pourvue de bords ou d'une poignée. Parmi les 120 pièces connues à ce jour, aucune n'a été trouvée en Phénicie. Les coupes étaient des objets de luxe destinés aux échanges. Elles ont connu une large diffusion au Proche-Orient et en Méditerranée. Un grand nombre fut trouvé à Nimrud où elles furent transportées comme butin de guerre, à Ougarit ou Chypre. On distingue deux grandes périodes de production : période I (vers 900-700) comprend les coupes en bronze trouvées en Orient et en Grèce, période II (vers 700-550) se sont surtout les coupes trouvées à Chypre et en Etrurie, généralement en argent, parfois doré, rarement de bronze ou d'or. La forme, la technique ainsi que la composition et l'iconographie ne cesseront d'évoluer. Le répertoire figuratif est marqué par les influences d'origines diverses : égyptienne, assyrienne et égéenne, souvent associées dans une même coupe. Malgré cela il fut difficile d'établir l'origine et les centres de production des coupes, il existait divers groupes stylistiques et écoles artistiques. Ainsi les coupes de la période I ne sont pas toutes phéniciennes et il serait plus juste de les définir comme orientales ou "syro-phéniciennes". Quant à celles de la période II, l'opinion la plus répandue mais pas encore prouvée est que Chypre en serait le centre de production, mais d'autres hypothèses parlent aussi de la Phénicie ou d'un atelier en Occident. L'inscription en phénicien, araméen ou chypriote qu'elles portent n'éclairent pas le problème de leur origine puisqu'elles donnent le nom du propriétaire et non celui du bronzier.

Courants marins : la navigation phénicienne utilisait les courants marins pour définir les déplacements en mer. La force de certains courants qualifiés de "puissants" (5 noeuds avec une vitesse de 2,5 noeuds) empêchait toute navigation. Par contre les courants "favorables" ont pu avoir une influence sur les trajets commerciaux. Les Phéniciens n'hésitaient pas à se lancer en haute mer. Ils pouvaient au large, subir l'influence des courants hauturiers, même si ceux-ci, relativement faibles en Méditerranée, étaient moins déterminants que les vents. En fait, la carte des courants marins de surface recoupait celle des trajets commerciaux. C'est ainsi que, pour aller de côte phénicienne à Cadix, on pouvait rejoindre d'abord Chypre, passer au sud de la Grèce pour rejoindre Malte et de là la côte sicilienne. Après une escale à Carthage, on pouvait remonter vers le sud des Baléares et longer la côte espagnole jusqu'au détroit de Gibraltar pour arriver à Cadix ou Lixus. Pour le retour, les Phéniciens suivaient un courant bien connu sur la côte nord de l'Afrique qui ramène au Cap Bon. Ce trajet fut conseillé à Ulysse par Calypso. De là on redescend jusqu'en Cyrénaïque (nord-est de la Libye) en évitant le golfe des Syrtes (toujours en Libye) redouté des marins pour ses hauts-fonds. Ce trajet mène par la suite en face du delta du Nil pour remonter enfin la côte phénicienne.

Crète : cf. Egée.

Culican William : (1928-1984), archéologue et historien de l'art phénico-punique, professeur d'archéologie biblique à l'Université de Melbourne. Il participa aux fouilles de Motyé. Dans sa monographie The First merchants Venturers (London, 1966), on trouve une vaste érudition qui lui permettait de traiter des problèmes les plus complexes. Le phénomène de l'interaction culturelle, entre Phéniciens et Puniques ou entre ces derniers et leurs partenaires ou rivaux, constitue un centre d'intérêt constant dans son oeuvre. L'analyse de l'iconographie religieuse représente l'autre axe de ses recherches qui couvrent tous les domaines de l'art. William Culican fut sans conteste l'un des pionniers des études phéniciennes.


LETTRE D

Dagan : une des grandes figures du panthéon des Sémites du Nord-ouest. Dieu agraire qui donna son nom au blé. Il fut assimilé au dieu Kronos et à Saturne, appeler plus tard Baal Hamon. Son culte fut attesté dans les cités phéniciennes ainsi que chez les Philistins et en Afrique du Nord. L'inscription d'Echmounazor II qualifie la région de Dor et Jaffa de "terroirs de Dagan".

Dakerman : site côtier à 1Km du château de la mer à Sidon. Une agglomération chalcolithique de la fin du IV° millénaire, y est recouverte par une nécropole utilisée du XIV° siècle au Ier siècle ap.J.C. Ses tombes phéniciennes datent de la fin du VII° ou des premières décennies du VI° siècle av.J.C.

Danse rituelle : d'après l'Ancien Testament, la danse a été un élément persistant des cultes syro-palestiniens : danse autour du veau d'or, de l'autel, devant l'arche d'alliance. A Ougarit, la déesse Anat danse seule, à Afqa les célébrations des fêtes en mémoire d'Adonis, étaient également agrémentées de danses. A l'époque hellénistique, on connaît Baal Marqod, le seigneur de la ronde et son sanctuaire près de Beyrouth. Les marchands Tyriens dansaient lors de offrandes à Melqart. Le rôle des musiciens n'était pas négligeable, certains vestiges montrent la présence de porteurs de masques. Un cippe à Tharros montre des danseurs nus autour d'un personnage, qui peut être le prêtre de la cérémonie, avec un masque de taureau, dansant autour d'un pilier.

Dea Syria : nom communément donné à la grande déesse syrienne Atargatis d'après le titre de l'oeuvre attribuée à Lucien de Samosate, De Dea Syria. Ce récit évoque les sanctuaires d'Astarté en Orient. Il évoque aussi les traditions liées à la prostitution sacrée dans le temple d'Adonis à Afqa.

Dédicaces : la majorité des inscriptions religieuses phénico-puniques sont des dédicaces faites spontanément ou à la suite d'un voeu. Elles sont conformes à deux formulaires de base dont le plus ancien suit le schéma suivant : objet dédié, pronom relatif, verbe signifiant l'offrande, nom du donateur, nom de la divinité ou du roi défunt, précédé de la préposition. Ce formulaire subit un remaniement important vers le I°millénaire tant en Orient qu'en Occident : le nom de la divinité, introduit par la particule d'attribution, fut placé au début de la formule dédicatoire. Ce changement est attesté depuis l'époque perse et puis par les inscriptions hellénistiques provenant de la région de Tyr ainsi que les inscriptions votives de Carthage, de Constantine, de Motyé et d'autres sites puniques ou punicisés.

Delattre, Alfred Louis : (1850-1932), illustre archéologue de Carthage. Membre de la société des "Pères blancs" d'Afrique. Delattre fut installé par le Cardinal Lavigerie au coeur même de l'ancienne capitale africaine dont il poursuivit l'exploration de 1876 à sa mort. Après Charles Ernest Beulé, premier archéologue qui inaugura en 1859 l'exploration scientifique des ruines de Carthage, Delattre explora surtout les nécropoles de Carthage et les églises du Bas-Empire romain dont les vestiges se trouvent conservées actuellement au Musée de Carthage. Ses publications sont dispersées dans diverses revues spécialisées et dans les Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, dont il fut membre correspondant depuis 1890.

Délos : l'île de Délos fut une escale et un sanctuaire au centre de l'Egée. Les relations entre l'île et les cités phéniciennes ne sont pas antérieures au IV° siècle. Des convoyeurs sacrés y portèrent des offrandes de Tyr et de Sidon sous le règne d'un des rois de Sidon nommé Straton. Le sanctuaire exerça une influence sur les Phéniciens hellénisés. Au III° siècle, beaucoup de Phéniciens semblent installés à Délos qui devient une plaque tournante du trafic phénicien en Egée : commerce de l'ivoire, transport maritime, investissements de capitaux. Ces activités semblent souvent réparties entre les membres d'une même famille. Au milieu du II° siècle, avec la conquête romaine et dans le cadre du statut privilégié qu'a reçu le port de Délos, le négoce phénicien acquiert une dimension exceptionnelle. Tyr, Beyrouth et peut-être Arwad organisent de puissantes associations. A côté des marchands et convoyeurs apparaissent des expéditeurs et banquiers. D'importantes familles phéniciennes concentrent capitaux et main d'oeuvre constituant l'élément le plus prospère de la population orientale de Délos. Leur hellénisation fut complète et leur participation aux activités de l'île très active. Ils font travailler des artistes, dont certains viennent de leur patrie d'origine mais s'intègrent à l'école locale. Ils participent à la vie politique, soutenant Athéniens, Séleucides et Romains mais, en 88 ils se divisent entre partisans de Mithridate et solidaires des Romains. Dès lors Délos décline très vite.

Deuil, les rites : le rite de deuil nous sont peu connus, si l'on fait exception des généralités telles que l'ensevelissement du cadavre, la crémation et le ramassage de cendres que l'on déposait dans une urne, ou l'embaumement, attesté par la momie du roi Tabnit I. Les explosions bruyantes de douleur entretenues par les pleureuses à gages, qui figurent sur le sarcophage d'Ahiram, ont dû faire partie, de tout temps, des rites de deuil. Il en est de même du banquet funèbre, représenté sur le même sarcophage et sur les stèles peintes de Libylée. Il avait lieu, primitivement autour de la tombe même, "maison éternelle" du défunt. Sur les stèles funéraires de Carthage, le défunt apparaît sur le seuil de sa demeure, en attitude de prière, et regarde les vivants. Les rites de deuil qui suivaient, à Byblos, la célébration de la mort d'Adonis, comprenaient des lamentations stridulantes, la lacération des vêtements et la mortification corporelle, l'exécution des danses et la tonsure, autant de stéréotypes qui figurent dans l'Ancien Testament pour symboliser le deuil.

Didon : cf. rubrique Personnages, Elissa.

Disque ailé : symbole égyptien remontant au III° millénaire et combinant le dieu solaire Rê et les ailes du faucon Horus. Dans l'art phénico-punique, on le retrouve aussi bien dans l'art monumental que sur les produits des arts mineurs, notamment sur des stèles, des ivoires et des scarabées.

Divination : bien connues dans tout le Proche-Orient ancien, les pratiques divinatoires étaient très développées en Mésopotamie. En Israël, certaines techniques, considérées comme cananéennes, étaient officiellement reprouvées telle la nécromancie (évocation des morts pour connaître l'avenir), alors que d'autres étaient licites, comme l'oniromancie (divination par les rêves). La divination devait être répandue dans le monde phénicien. Cependant, nous n'en avons que très peu d'attestations. Il est possible que les pointes de flèches inscrites des XII°-X° siècles, trouvées en Phénicie et en Palestine, aient été utilisées dans la divination. Le récit d'Ounamon rapporte que, lors d'un sacrifice du roi de Byblos, Sakarbaal, un de ses pages, tomba en extase et transmit un ordre de la divinité en faveur d'Ounamon. La compétition entre les prophètes de Baal et le prophète yahviste Elie sur le Mont Carmel cite plusieurs techniques prophétiques, invocations répétées, danses rituelles, incisions jusqu'au sang, délire extatique. La tradition homérique fait allusion à des prêtres d'origine phénicienne interrogeant la divinité et donnant des oracles. Les auteurs classiques grecs et romains évoquèrent des visions ou phénomènes étranges interprétés par les Phéniciens, exemple, lors du siège de Tyr par Alexandre, un monstre marin échoué sur la digue, les ruisseaux de sang annoncèrent le malheur à venir de la ville.

Divinités égyptiennes : le foisonnement des dieux locaux de l'ancienne Egypte n'a guère trouvé d'écho chez les Phéniciens. Seules quelques divinités égyptiennes importantes ont eu une influence sur leur religion, comme la déesse Hathor assimilée très tôt à la Baalat-Gubal. Le milieu religieux phénicien a accueilli et transféré des caractéristiques iconographiques propres à certaines divinités égyptiennes aux divinités locales qui présentaient des traits communs avec celles-ci. Ainsi la Baalat Gubal fut représentée sur la stèle de Yehawmilk selon l'iconographie canonique de Hathor et d'Isis et le dieu de la stèle dite d'Amrit est coiffé de la couronne d'Osiris qui évoque les vertus protectrices de la divinité. La Phénicie n'a pas emprunté à l'Egypte la nature et l'essence de ses dieux, mais une forme d'expression esthétique en symbolique. Cependant, selon le récit d'Ounamon, les divinités égyptiennes typiques ne recevaient pas le culte au niveau officiel, si ce n'est la part des Egyptiens résidant au Levant.

Divinités phéniciennes : selon la vision classique, le panthéon des villes phéniciennes se constituait autour de triades familiales comprenant un dieu-père, une déesse-mère et un dieu-fils souvent conçu comme un " dying god ". De récentes révisions de la documentation conduisent à modifier ce jugement. Il s'agit plutôt de complexes polythéistes où émergent le dieu/la déesse poliade et le couple dont il/elle fait partie, comme La Baalat Gubal et Baal Shamen à Byblos, Astarté et Echmoun à Sidon, Melqart et Astarté à Tyr, Milkachtart et Astarté à Umm el Amed, un Baal marin et Astarté à Beyrouth. Une nette tendance à la concentration des pouvoirs.

Dor : l'actuel Tell el-Burg, ville portuaire à 25Km au sud de la pointe du Carmel, en Israël, où d'importantes fouilles et recherches subaquatiques sont en cours depuis 1980. Les plus anciens vestiges repérés sur le site remontent au Bronze Moyen I (vers 1850 av.J.C.). Une quantité considérable de céramiques notamment des bols monochromes et de tessons de poterie d'origine chypriote, datant du Bronze moyen II(1650-1550 av.J.C.). Une plate-forme du quai portuaire, datable du Bronze Récent, correspond à l'époque où la ville est mentionnée pour la première fois, sous Ramsès II (vers 1279-1212). Selon le récit d'Ounamon, elle était dominée au XI°siècle par les "Tjeker" qui peuvent correspondre aux Sicules. Les niveaux de cette période ont livré beaucoup de céramiques chypriotes ainsi que quelques tessons de poterie philistine. Malgré ces vestiges aucune confirmation ne peut-être prononcée quand à l'appartenance ethnique de ses habitants. Avec la conquête assyrienne sous Téglat-Phalasar III (734/3) Dor devint capitale d'une province assyrienne et fut ceinte d'un nouveau rempart à redans. Ces fortifications sont restées en usage jusqu'au milieu du IV°siècle et furent probablement rasées lors de la répression de la révolte de Tennès (Tabnit II). Dor est passée sous l'autorité des rois de Sidon dans la première moitié du V°siècle ce qui explique l'attribution de sa fondation aux Sidoniens. Le choix du site fut décidé grâce à la présence de rochers facilitant l'ancrage mais aussi à l'abondance du murex. Le caractère phénicien de la ville à l'époque achéménide fut confirmé par les trouvailles archéologiques. La céramique et les statuettes en terre cuite, la teinturerie de pourpre découverte en 1986, la nouvelle enceinte et la porte fortifiée, édifiées au IV°siècle suivant une technique phénicienne, témoignent de la civilisation phénicienne à Dor. L'apogée de la ville se situe sous les Lagides et les Séleucides, période dont date les nouvelles murailles de type grec, un impressionnant chantier naval et la ville construite selon un plan hippodamien.

Drogue : aucun ouvrage de pharmacopée phénico-punique n'étant parvenu jusqu'à nous, l'arsenal thérapeutique des Phéniciens nous est mal connu. Toutefois certains termes grecs désignent des variétés de cannelle, safran, cumin, sésame, myrrhe et surtout l'encens (libanotos) ont dû transiter par la langue phénicienne avant d'être adoptés en grec. Cet itinéraire des mots reflète le rôle joué par les Phéniciens comme intermédiaires entre l'Orient et le monde méditerranéen pour l'importation de certaines drogues notamment des substances opiacées, livrées par des récipients dont la forme imitait les capsules de pavot.

Droit : les seuls textes législatifs d'origine phénicienne que nous ait légués l'Antiquité sont les tarifs sacrificiels et les traités internationaux préservés en akkadien et en grec. On suppose qu'un tiers du Digeste de Justinien, avec les décisions des plus fameux juriconsuls romains, est tiré des écrits d'Ulpien de Tyr. Ce dernier appartenait à une famille établie à Tyr de longue date et était proche des empereurs Septime Sévère, originaire de Leptis Magna, et Alexandre Sévère, natif de Phénicie. Il est possible que la jurisprudence orientale à laquelle se rattache le droit phénicien ait marqué de son empreint les avis d'Ulpien, comme ceux de Papinien, qui était d'origine syrienne ou nord africaine, ainsi que ceux de la fameuse école de droit romain fondée à Beyrouth au III°siècle ap.J.C. La plupart des juristes natifs des villes puniques ou punicisés ont contribué plus que d'autres au développement du droit romain. On mentionnera, P. Pactumeius Clemens de Constantine (II°s. ap.J.C.), L. Octavius Cornelius Salvius Julianus d'Hadrumète et son disciple S. Caecilius Africanus de Thuburbo Minus et plusieurs autres.

Dunand Maurice : (1898-1987). Archéologue franco-suisse, directeur de la mission archéologique française au Liban, de 1926 à 1976. Il consacra l'essentiel de son activité aux sites phéniciens, fouillant Byblos, Umm el-Amed, Amrit et le temple d'Echmounazor à Bustan ech-Cheikh, près de Sidon. Il a su accompagner son activité inlassable sur le terrain d'une entreprise de publications, dont les cinq volumes des Fouilles de Byblos (Paris 1937-1973), Oumm el-'Amed (Paris, 1962), et le Temple d'Amrith (Paris, 1985).

Dussaud René : (1868-1958). Ingénieur de formation, il choisit une carrière de savant et de sémitisant. En 1895-1897, il effectue trois voyages sur la côte libanaise et syrienne, et deux autres voyages , en 1899 et 1901, dans l'arrière-pays syrien. Ces multiples voyages donneront lieu à des comptes-rendus et aux Notes de mythologie syrienne (Paris 1903), ouvrage de base dans lequel il formule sa thèse de l'unité de la religion phénicienne. Dès cette date, ses intérêts s'étendent à l'ensemble du Proche-Orient, avec des publications sur le monde arabe préislamique, sur les civilisations préhelléniques et sur le sacrifice israélite. Il devient conservateur des antiquités orientales au Musée du Louvre (1910-1935) et membre de l'Académie des Inscriptions (1923). Il joua un rôle déterminant dans l'organisation des antiquités de Syrie et du Liban et dans celle des missions françaises. Il oeuvra, en particulier, pour l'ouverture des fouilles de Ras Shamra, d'où les découvertes de Ras Shamra et l'Ancien Testament (Paris 1937 & 1941) et L'art phénicien du II° millénaire (Paris 1949). Sa connaissance du terrain et des textes lui avait permis de rédiger sa fameuse Typographie historique de la Syrie (Paris 1927).

Dying god : terme forgé par J.G. Frazer pour indiquer un type divin qu'il retrouve dans Adonis, Tammuz, Attis ou Osiris. Un dieu qui, par sa mort et sa renaissance répétées annuellement dans le culte, reproduirait à un niveau surhumain les vicissitudes du blé.

Dynasties : l'existence des dynasties est bien attestée dans les royaumes phéniciens. Si la royauté repose sur le principe dynastique, la procédure mise en place pour parer aux aléas de la succession ne nous est pas connue. Il est certain que les événements internes ou des interventions étrangères pouvaient bouleverser l'ordre de succession ou provoquer l'avènement d'une nouvelle dynastie. Son fondateur est parfois reconnaissable au fait que les inscriptions n'attribuent pas de titre royal à ses ancêtres. Cf. tableaux synoptiques des rois des cités phéniciennes (en préparation).



LETTRE E

Eau : suivant les conditions géographiques et climatiques de l'endroit, l'approvisionnement et l'évacuation de l'eau posaient des problèmes de types divers. Si la ville ne refermait pas de sources d'un débit suffisant, il fallait creuser des puits jusqu'à la nappe phréatique et aménager des réservoirs ou des citernes accueillant l'eau de pluie. A Carthage, une nappe d'eau douce se trouvait partout, parallèlement au rivage. Gadès était alimentée en eau douce par trois sources et de nombreuses citernes. Mais, Tyr, qui était une île, dépendait de la source de Ras-el-Aïn, située sur la terre ferme. A Chypre, le problème d'infiltration d'eau saumâtre dans les puits poussa la population à conserver l'eau de pluie dans des grandes citernes. Creusées aux V°-IV° siècles jusqu'à 4m de profondeur et enduites de chaux hydrauliques, ces citernes étaient à l'abri des infiltrations. Quant à l'évacuation des eaux usées, elle s'opérait généralement par des rigoles ouvertes jusqu'à la mer. Dans certaines villes, les terrains à faible pente ont obligé les ingénieurs à chercher d'autres solutions. Ils ont d'abord creusé des puits perdus puis ont créé un réseau d'égouts collecteurs et des drains souterrains (mis en oeuvre en 375 av.J.C. à Kition, Chypre et à Dor). L'usage cultuel de l'eau chez les Phéniciens était très important. La présence du "maître d'eau" au service de la divinité dans le temple d'Astarté dévoile l'emploi de l'eau dans le culte d'où la présence des canalisations sur les sites tel celui de Kition (Chypre) ou l'installation des temples près d'une source d'eau comme à Afqa (Liban) pour le culte d'Astarté. Les rites thérapeutiques liés aux divinités comme Eshmoun qui était vénéré à la source Yidal à Bostan ech-Cheikh (près de Sidon), ou Melqart à Tyr. Rites de magie sympathique pour amener les pluies, culte des sources sacrées, bains de jouvence, eaux lustrales, purifications rituelles, voilà autant de domaines où l'eau jouait le rôle de garante de fertilité, de santé et de purification.

Ebla : l'actuel Tell Mardih à 70Km au sud d'Alep et à 85Km au Nord-est d'Ougarit. Célèbre pour les archives du palais présargonique (2350-2250 av.J.C.), notamment les textes économiques et administratifs, contenant les plus anciennes références sur les cités de la côte levantine.

Egée : la Crète était en relations suivies avec le Proche-Orient dès le XVII° siècle, à l'époque minoenne, comme l'attestent les archives de Mari et avec l'Egypte au moins à partir de Thoutmès III (1500 av.J.C.). Une inscription cunéiforme de Narâm Sîn découverte en 1849 sur l'île de Cythère, a fait même penser à des contacts plus anciens qui auraient atteint la Grèce continentale. Ces relations continuèrent à l'époque mycénienne comme en témoignent les textes d'Ougarit et les sceaux de la Cadmée. La mention du commerce phénicien avec Argos chez Hérodote est un écho des rapports entretenus plus tard entre les cités phéniciennes et Mycènes. Les données littéraires grecques se réfèrent en principe aux trafics égéens postérieurs aux invasions des "Peuples de la Mer". Les navigateurs phéniciens, faisant voile vers les sources d'approvisionnement en matières premières dans le bassin occidental de la Méditerranée, pouvaient longer les côtes de l'Egypte et de l'Afrique du Nord, mais les bons ports y étaient rares et les conditions de navigation médiocres. La route longeant la côte de la Crète et menant à Cythère comprenait un long parcours en haute mer, mais était néanmoins empruntée par les Phéniciens. Cela fut attesté suite à la découverte d'une chapelle à trois bétyles de type phénicien, établie au VIII°-VII° siècles, à l'intérieur d'un petit temple crétois de Kommos ainsi que d'autres vestiges trouvés sur la côte sud. La voie la plus sûre et la plus profitable pour le commerce traversait les Cyclades, qui faisaient office de jalons entre Rhodes à l'Est d'où l'on atteignait aussi Samos et l'Eubée ou l'Attique à l'Ouest, mais cette route constituait aussi l'itinéraire suivi par les Eubéens, les trafiquants les plus actifs parmi les Grecs aux X°-VIII° siècles. les Phéniciens introduisirent dans l'Egée, au Ier millénaire, des produits manufacturés, des techniques, des idées, des croyances et surtout l'alphabet. Ils fondèrent des communautés de métèques, mais ne colonisèrent jamais les îles ou les côtes grecques et anatoliennes, comme ce fut le cas de quelques régions de Chypre, du site de Carthage et de certains endroits privilégiés de l'Andalousie ou de la côte marocaine.

Egypte : les rapports de l'Egypte et des cités phéniciennes ont été nombreux et complexes, mais la documentation à ce sujet demeure très disparate et incomplète. Le dossier s'ouvre par un document exceptionnel, le roman d'Ounamon (ou Wenamon), d'où il résulte que Dor, Sidon, Byblos, gouvernées par des princes, avaient des relations commerciales avec le Delta égyptien, impliquant jusqu'à 50 navires. La découverte à Byblos de statues de : Shéshonq I (945-925), d'Osorkon I (924-889) et d'Osorkon II (874-850) attestent les contacts entre Byblos et l'Egypte sous la XXII° dynastie, dite "libyenne". Par ailleurs, un fragment découvert à Arwad mentionne "un grand Ma", le commandant en chef Penamon. Les noms des pharaons de la XXII° siècle dynastie se retrouvent sur plusieurs jarres d'albâtre mises au jour en 1960 à Almunecar, ces jarres ont dû servir à l'exportation de produits de commerce phénicien. C'est également au commerce phénicien que l'on doit la présence de vases de faïence au nom de Bocchoris, roi de la courte et faible XXIV° dynastie (vers 720-715), jusqu'à Motyé et à Tarquinia (Etrurie), ainsi que celle d'un scarabée à Ischia (Pithécusses). L'activité des Phéniciens en tant qu'intermédiaires se poursuit durant les premiers temps de la domination "éthiopienne" ou kushite en Egypte. L'arrivée des Assyriens bouleversera ces relations sans toutefois les arrêter. Les marins phéniciens participeront au fameux périple d'Afrique du pharaon Néchao et à sa campagne contre l'empire de Kush. Psammétique II (595-589) utilise parmi ses mercenaires des Phéniciens, plusieurs de leurs graffiti subsistent sur les colosses d'Abou Simbel. Ils font partie également de l'expédition de 529 contre la Nubie. La présence phénicienne en Egypte est surtout attestée à Memphis avec la communauté tyrienne. Quant à l'influence égyptienne, elle est présente en Phénicie même et dans toute l'aire de diffusion de la culture phénicienne, principalement à Carthage, en Sardaigne et en Espagne du Sud.

Egyptisant : si l'art égyptien a engendré bien des imitations depuis l'Antiquité, la civilisation phénicienne est sans doute la seule à lui avoir emprunter un tel nombre d'éléments. Il n'y a guère un domaine de l'art ou de l'artisanat phénicien qui ne reflète ce phénomène. Le plus souvent de manière assez constante et allant parfois jusqu'à une véritable égyptomanie. Dès la fin du IV° siècle, les relations économiques puis politiques, entre la vallée du Nil et le berceau de la civilisation phénicienne, avaient frayé la voie à l'échange d'acquis techniques accélérant le processus d'acculturation. A l'époque cananéenne (paléo-phénicienne), c'est la bijouterie qui révèle le mieux l'influence égyptienne sur le plan technique, typologique et décoratif. Toujours au II° millénaire, l'iconographie de plusieurs cylindres marque une forte tendance égyptisante, préfigurant la glyptique phénicienne. Les éléments de la décoration égyptisante des ivoires et des bronzes du I° millénaire, remontent également à l'âge de Bronze. C'est pourquoi on aurait tort d'interpréter les tendances de l'art phénicien du I° millénaire comme des manifestations spontanées d'un goût éclectique plutôt que les considérer comme l'extension d'une tradition ancestrale dans cette partie de l'Orient. D'une façon générale le style égyptisant se manifeste le plus souvent dans l'art "officiel" ou caractérise les produits de luxe destinés à la classe supérieure. On ne le rencontre que sporadiquement dans le domaine de l'art populaire, sauf dans le cas des amulettes dont il renforçait la valeur magique.

El : était le dieu suprême de l'ancien panthéon des Sémites et son nom servit aussi d'appellatif "dieu" dans toutes les langues sémitiques, sauf l'éthiopien. Père des dieux, il était également le maître de la terre que fécondaient les sources d'eau cosmiques au milieu desquelles il séjournait. C'est ce mythe qui explique son titre "El créateur" ou "possesseur de la terre", la source du pouvoir royal (le roi régnant est appelé "fils d'El"). Il est aussi le père de l'humanité, ce qui en fit de lui un dieu proche des hommes.

Elibaal : en phénicien Mon dieu est Baal, roi de Byblos dans la première moitié du IX°siècle, fils de Yehimilk et père de Shapatbaal, rois de Byblos. Son inscription est gravée sur un buste du pharaon Osorkon I (924-889), qu'il dédia à la Baalat de Byblos.

Elimilk : du phénicien Mon dieu est roi. Haut dignitaire assyrien au temps de Tukulti-Ninurta (890-884). L'élément milk de son nom trahit l'origine phénicienne du personnage, qui ne fut peut-être pas étranger à l'expédition d'Assurnasirpal II (883-859) jusqu'en Phénicie (entre 877 et 867), la première qu'un monarque néo-assyrien ait entrepris dans cette région.

Elissa-Didon : figure légendaire de princesse tyrienne, soeur du roi Pygmalion de Tyr et épouse d'Acherbas (ou Schirabas), prêtre de Melqart, que les monnaies phéniciennes représentent à l'époque romaine quittant sa terre natale ou fondant Carthage. Selon la légende, c'est l'assassinat d'Acherbas par Pygmalion qui amena Elissa à quitter Tyr avec quelques compagnons, les richesses de son mari et les reliques de Melqart. Après une escale à Chypre, où elle est gratifiée d'un l'oracle, elle emmène des jeunes filles du temple d'Astarté et parvient en Libye où elle reçoit le nom de Didon. Elle obtient un territoire que peut délimiter une "peau de boeuf" et fonde Carthage. Demandée en mariage par le roi des Libyens, Hiarbas, elle refuse, mais pressée par ses concitoyens, elle feint d'accepter et, après avoir dressé un bûcher pour célébrer son mari défunt, se précipite dans le feu. Cf. rubrique Personnages

Emar : l'antique cité portuaire d'Emar était située sur la grande boucle de l'Euphrate, là ou le fleuve est le plus proche d'Alep, la métropole de Syrie du Nord, et la côte méditerranéenne.

Epigraphies : l'épigraphie phénicienne a pour objet l'étude des inscriptions sur pierre, roche, métal, terre cuite, mais aussi sur papyrus et éventuellement, parchemin. Elle a donc trait à tous les textes, gravés aussi bien que tracés à l'encre, contrairement à l'usage des études gréco-latines, qui distinguent l'épigraphie et la papyrologie, voire la paléographie. Comme les inscriptions phénico-puniques sont les seuls témoins directs de la langue, l'épigraphie phénicienne est aussi la science qui s'applique à étudier leur grammaire, leur vocabulaire, leurs genres littéraires, ainsi que le milieu historique et culturel qu'elles reflètent et dont elles sont issues. Un manque est ressenti dans les genres qui relèvent de la littérature proprement dite, de l'historiographie, de la pratique juridique, la magie et de la science. Néanmoins, on dispose d'inscriptions commémoratives, votives, sépulcrales, honorifiques et de tarifs sacrificiels, gravés sur pierre ou sur des objets de bronze et, exceptionnellement, de terre cuite. Le reste des sources épigraphiques se réduit à des comptes ou des répertoires de valeur éphémère, inscrits sur des ostraca ou une tablette de calcaire, à de brèves indications de propriétaires, à des légendes monétaires.

Esclaves : les données concernant l'esclavage en Phénicie sont relativement rares. Il n'existe même pas de certitude quant à la terminologie. Les inscriptions n'emploient le terme 'bd que dans le sens d'adorateur ou de vassal. Il doit pourtant avoir également signifié esclave, puisque c'est le cas dans les langues nord-ouest sémitiques apparentées et plus tard, en punique. Il semble raisonnable de supposer que les usages attestés avec les autres Etats du Proche-Orient aient eu cours également dans les cités phéniciennes. Le fait que le roi Hiram I de Tyr prêta des ouvriers spécialisés au roi Salomon pour la construction du temple de Jérusalem semble indiquait que la cour disposait constamment d'un nombre d'ouvriers de condition servile. Toutefois les Phéniciens étaient surtout réputés comme marchands d'esclaves. Ils se fournissaient en premier lieu chez les principaux partenaires commerciaux. Il apparaît que les marchands d'esclaves se trouvaient à proximité des endroits où l'on pouvait acheter des prisonniers de guerre. En outre, la réduction à la condition servile pour dettes constituait une importante source d'esclaves. Ainsi, en désespoir de cause, Rib-Addi de Byblos rapporte à plusieurs reprises que "fils et filles" de Byblos furent vendus, afin de pouvoir acheter des victuailles pour la ville assiégée. Enfin, les Phéniciens avaient la réputation d'êtres des pirates redoutables. Dès le XIII° siècle on trouve des traces du trafic d'esclaves opéré par des Phéniciens. Les Carthaginois s'adonnaient également à ce trafic. Les esclaves étaient spécialement employés dans l'agriculture.

Eshmun ou Echmoun : dieu dont le culte est attesté en Syrie dès le III° millénaire mais dont la physionomie ne se précise qu'au I°millénaire av.J.C. Le nom d'Eshmun paraît en effet se rattacher à la même racine smn, "huile", et désignait peut-être "celui qui oint", procurant la guérison. En tout cas, l'interprétation grecque d'Eshmun était le dieu de la médecine, Asklépios/Esculape, que l'hellénisation des centres urbains introduisait aussi dans le monde punique où Eshmun était assimilé à Apollon, que les Romains vénéraient comme le dieu guérisseur par excellence et que les Vestales invoquaient Apollo medice, Apollo Paean. Dans les cités phéniciennes, Eshmun était associé à Melqart. Dans le traité imposé par Asarhaddon d'Assyrie au roi Baal de Tyr, Melqart et Eshmun y sont appelés à déporter le peuple de Tyr et à le priver de nourriture, des vêtements et d'huile en cas où le roi de Tyr ne respecterait pas ses engagements. La mention insolite de "l'huile d'onction" ne s'explique que par le rôle guérisseur d'Eshmun et ses liens avec l'huile. C'est Sidon qui apparaît comme le principal centre religieux d'Eshmun que l'on identifie parfois au "Baal de Sidon". Le grand sanctuaire d'Eshmun se trouvait à Bostan-ech-Cheikh, à la source de Yidal, où les rois sidoniens de l'époque perse ont laissé de nombreux témoignages de leur dévotion. Le culte d'Eshmun fut également attesté dans la ville de Sarepta et de Beyrouth (le toponyme Qabr Smun près de Beyrouth conserve le souvenir d'un lieu de culte d'Eshmun, nommé tombe d'Eshmun)

Eshmunazar ou Echmounazor : roi de Sidon qui régna durant la première moitié du V°siècle, sans doute en tant que vassal du roi de Perse. Son sarcophage a été retrouvé en 1855 lors des fouilles qu'effectuait Pérétié, le consul général de France à Beyrouth. Il s'agit d'un sarcophage anthropoïde en basalte noir parfaitement poli, de style égyptien, de 2,51m de long sur 1,10m de large et dont le couvercle épouse la forme ramassée d'un corps humain. L'influence égyptienne s'impose jusque dans la fausse barbe au bas du visage. Toute la partie formant la poitrine et le bas corps du couvercle est recouverte d'une inscription en caractères phéniciens. Il s'agit d'une des plus longues inscriptions phéniciennes qui nous soit parvenue et l'une des mieux conservées. Elle nous apprend que le personnage enfermé dans le sarcophage était Echmounazor, fils du roi de Sidon Tabnit mort jeune laissant son fils orphelin avec sa mère Immi-Ashtart, prêtresse d'Astarté, qui dû assurée la régence jusqu'à la majorité de son fils. Le but de l'inscription est de rappeler les fondations des temples dues au roi : temple d'Echmoun et d'Astarté à Sidon. Il est également question des donations faites par "le roi des rois", le roi perse achéménide Xerxés ou Artaxerxés Ier (465-424 av.J.C.), Dor et Joppé (actuelle Jaffa) ainsi que les opulentes terres de Dagon dans la plaine de Sharon. Ce sarcophage est conservé au Musée du Louvre à Paris, dans les salles réservées aux collections de l'Orient Ancien (Cités du Levant). Pour plus de détails cf. rubrique Documents.

Espagne : les auteurs anciens tels Hérodote (Histoires I) distinguaient en Espagne le pays de Tartessos, qui correspondait à la Basse Andalousie et l'Ibérie, qui était située dans le Nord-est de l'Espagne, de la part et d'autre de l'Ebre et dont le nom fut étendu plus tard à toute la Péninsule Ibérique. Ce fut aussi le cas du nom latin de Hispania, attesté pour la première fois à la fin de la 2ème guerre punique. L'Espagne est la région la plus occidentale du bassin méditerranéen que l'installation phénicienne ait atteinte. Malgré son éloignement, elle constituait un des territoires préférés de la diaspora phénicienne en Occident, comme l'indiquent les sources écrites et les données archéologiques, et cela en raison de son importance stratégique et économique. Grâce à la fondation de Gadès (Cadix) sur l'Atlantique, de Malaga, d'Almunécar et d'Abdère sur la côte méditerranéenne, et d'Ibiza dans les îles Baléares, Tyr et plus tard Carthage, s'assurèrent le contrôle direct du Détroit de Gibraltar (les colonnes d'Hercule) et des accès aux zones productrices d'étain, de cuivre, d'argent et d'or, auxquelles les Phocéens de Marseille et d'Ampurias étaient pareillement intéressés. L'historiographie classique rapporte volontiers des récits relatifs à ces régions lointaines et mythiques évoquant ses fabuleuses richesses en métaux, produits agricoles et bétail. Dès le VIII°-VII° siècles, Hésiode (Théogonie) fait allusion aux Hespérides, considérées comme l'extrême Occident où vivaient les filles de nuit dans un jardin merveilleux, au-delà de l'Océan. L'archéologie fut lente à découvrir le bien-fondé des récits rapportés par les auteurs gréco-latins, notamment en ce qui concerne les origines de la colonisation phénicienne en Espagne. IL fallait attendre les années 1970 pour voir les résultats satisfaisants obtenus grâce à la découverte de colonies phéniciennes archaïques sur la côte méridionale de l'Andalousie, à Toscanos, Almunécar, Chorreras, Guadalhorce. Précédemment, la documentation archéologique se limitait aux nécropoles puniques de Gadès, d'Ibiza et de Villaricos, dont aucune n'était antérieure à 500 av.J.C. Cette situation avait favorisé, pendant de nombreuses années, une attitude de scepticisme à l'égard des témoignages littéraires et historiographiques relatifs aux fondations phéniciennes en Espagne dont les plus anciennes dateraient du II° millénaire. Ces dernières années virent aussi un renouveau d'intérêt pour les vieilles colonies de Gadès et d'Ibiza, dont les débuts remontent au VIII° siècle. Par ailleurs, la découverte archéologique de la civilisation indigène de Tartessos ouvre des perspectives nouvelles à l'étude d'une période cruciale de l'histoire de l'Espagne, durant laquelle cette région profondément attachée à ses traditions culturelles du Bronze final péninsulaire, s'ouvre définitivement aux courants culturels et économiques de la Méditerranée orientale.

Etéochypriotes : "vrais Chypriotes", appellation conventionnelle des populations"indigènes" de Chypre, dont les premières traces remontent à 10.000 ans av.J.C. elle vise à les distinguer des colonisateurs grecs (vers1230-1050) et phéniciens (X°/IX°-VIII°siècles). les Etéochypriotes se sont maintenus à plusieurs endroits de l'île jusqu'au début de l'époque hellénistique, notamment à Amathonte : la céramique semble y avoir gardé longtemps des caractéristiques particulières et la langue étéochypriote y était encore reconnue comme officielle au IV° siècle av.J.C.

Etrusques : les Phéniciens ont probablement commencé à fréquenter les Etrusques en raison de la richesse des mines de l'Etrurie du Nord, dans l'arrière-pays immédiat de Populonia et de Vétulonia. Mais les villes côtières de l'Etrurie du sud, Caere (Pyrgi), Tarquinia, Vulci, ont également profité de cette situation en recevant des artisans, des techniques et des modèles culturels venus de l'Orient. Les objets orientaux, signes du prestige de leur propriétaire, finissaie