Votre navigateur ne supporte pas le javascript! Les Phéniciens - Baalbek

Baalbek

La ville de Baalbek, située au pied du versant sud occidental de l'Anti-Liban, se trouve à 85 km de Beyrouth. Elle se positionne à une altitude de 1150m, en bordure de la riche plaine de la Békaa, l'antique Coelesyrie. Son emplacement entre les deux grandes régions civilisées de l'Antiquité, entre Nil et Euphrate, était hautement stratégique. La cité se trouva ainsi sur une principale voie de passage des caravanes marchandes sillonnant les routes entre la Mésopotamie, l'Egypte et toute la Méditerranée orientale.

L'abondance de l'eau, favorisée par la présence de deux sources, l'une au sud-est de la ville (Ras el-Aïn) et l'autre à l'est (Aïn Lajouj), encouragea les caravaniers à faire halte dans ces lieux. Les commerçants venant des cités côtières et en partance vers l'arrière-pays afin de vendre ou échanger leurs produits et marchandises, profitaient également de cette escale à mi-chemin.

Dans cette cité de l'intérieur phénicien, construite sur un tell(1), loin de ses soeurs maritimes perchées sur les promontoirs rocheux de la côte, la religion avait aussi son rôle dans la vie quotidienne. Les hommes cherchaient la protection des dieux les guidant durant leurs déplacements. Le culte religieux à Baalbek était dédié, à l'instar des autres cités, à une triade locale, à sa tête, le dieu Ba'al-Hadad, dieu sémitique de l'orage et la tempête, régénérateur de la fertilité de la terre. Il pouvait envoyer la pluie, provoquer la sécheresse ou même les inondations, donnant ainsi, selon certains historiens(2) son nom à la ville : "Seigneur de la ville' (Ba'al = Seigneur, Bek = ville), "Seigneur de la Békaa'" (baki = Beqa') ou "Seigneur de la source" (nebek = source). A côté de Ba'al-Hadad trônait la déesse Atargatis, déesse-mère syrienne et un jeune dieu (un Adonis local) de la végétation et des troupeaux.



I- Baalbek devient Héliopolis :

A la mort soudaine d'Alexandre le Grand en 323 av. J.C., n'ayant pas d'héritier, son empire, après 40 ans de conflits, fut partagé entre ses généraux. Ptolémée prit l'Egypte pour lui et ses descendants, il joignit à ses possessions les régions de Phénicie et de Syrie. Durant les guerres, connues sous le nom des "Guerres de Syrie" avec les Séleucides (dirigeants d’un des royaumes), le règne des Ptolémées sur la côte Est de la Méditerranée et l'intérieur du pays ou "Cœlé-Syrie" dura jusqu'en 219 av. J.C.. Dès lors, ces régions ne cessèrent, de passer alternativement sous l'une ou l'autre des autorités. En 198 av. J.C., sous le règne d'Antiochos III le roi des Séleucides, ces régions tombent sous l'emprise de ces derniers. Les conflits intérieurs continuaient et la tutelle basculait d'une main à une autre, tantôt c'était les Perses, les Arméniens ou de nouveau les Séleucides, en passant par des périodes d'indépendance ou d'autonomie. A la fin du premier siècle av. J.C., ce sont les Ituréens qui s'emparèrent de la région en créant leur propre royaume avec la ville de 'Anjar (dans le Bekaa') comme capital administrative et Baalbek devenait leur principal lieu de culte. Cette situation perdura jusqu'à l'arrivée des Romains avec Pompée en 65 av. J.C., envoyé par le Sénat pour mettre fin au désordre, causé par les guerres civiles, et pour instaurer la Pax Romana.

Au cours de l'époque hellénistique (333-64 av. J.C.), sous l'influence des Ptolémées, les cultes de Baalbek furent solarisés. Ba'al fut identifié au dieu égyptien Rê (soleil) et au dieu grec Hélios donnant ainsi à la ville le nom d'Hélioplolis, "la cité du soleil", comme la grande métropole égyptienne. La cour de l'ancien temple fut modifiée et agrandie et l'on décida la construction d'un podium à son extrémité ouest, destiné à porter un temple à la mode grecque. Comme la cour se trouvait déjà surélevée par rapport au niveau de la plaine environnante, il aurait fallu que le podium soit assez solide pour supporter une construction à la mesure de la cour (135 X 113m). Le transport et l'alignement de trois blocs de 750T (le Trilithon) à la base du mur ouest est probablement antérieur à la période hellénistique, aucune étude scientifique n'a pu dater exactement la période de taille de ces bloques. Deux autres blocs, dont le poids de chacun est estimé à plus de 1500 tonnes, sont toujours sur place dans la carrière non loin du temple. Une question se pose toujours aujourd'hui chez les spécialistes, les ingénieurs et les archéologues : Comment ce peuple et en particulier à cette époque a pu transporter et placer ces blocks ? Une légende locale évoquait la présence d'extraterrestres, des Djinns ou des géants qui auraient aidé à la construction de ce temple). Le travail fut poursuivi à l'époque des Grecs, mais avec des blocs de taille plus modeste(3). Le podium est le seul vestige datant de cette époque hellénistique. L'agrandissement et l'embellissement des temples furent entrepris avec les Romains.



II- Baalbek, la romaine :

En 65-64 av.J.C. la Phénicie entre dans la sphère romaine. Les territoires de l'intérieur restèrent sous l'autorité des tétrarques de Chalcis du Liban(4), jusqu'au courant du Iersiècle ap.J.C., vers le règne de Vespasien (69-79), où toute la Phénicie fut désormais administrée depuis Antioche. Toutefois, à partir de l'an 15 av.J.C., Baalbek-Helioplolis fut incorporée au territoire de la "Colonia Julia Augusta Felix Berytus" échappant ainsi à l'autorité des princes indigènes. Elle continua cependant d'entretenir des bonnes relations avec les tétrarques de Chalcis qui contrôlaient l'accès méridional pour les pélerins venant de Palestine, d'Arabie et de Damascène(5).

Les colonnes de Baalbek
Temple de Bacchus

Peu de temps après l'établissement de la colonie militaire romaine, vers 16 av.J.C., à l'époque d'Auguste (27 av.J.C.- 14 ap.J.C.) les Romains décidèrent de donner à ce centre de culte local, un cadre classique grandiose, affichant ainsi la grandeur de Rome dans cette nouvelle région conquise. Ainsi débuta la construction du temple tel que nous le connaissons à travers ses ruines actuelles. L'entreprise, colossale par ses desseins, avait besoin de quelques siècles pour se concrétiser dans son intégralité. Le temple de Jupiter, premier des temples de la triade, fut construit en plusieurs étapes. Il était déjà bien avancé sous Néron (54-68) lorsque commença l'édification de la tour-autel qui le précède. C'est Trajan (98-117) qui, lors d'une visite à Baalbek en 100, lanca l'aménagement de la grande cour. Elle ne fut terminée que près d'un siècle plus tard après qu'Antonin le Pieux (138-161) entreprit l'érection du temple de Bacchus. L'ensemble des trois temples (Jupiter, Bacchus et Vénus) fut inauguré au III°siècle sous les Sévères(6).

En 194, Septime Sévère décida de partager la province en deux, sans doute pour affaiblir la puissance militaire du gouverneur de Syrie (son principal concurrent lors de sa prise du pouvoir). Il créa alors au nord, une province de Coelesyrie avec Antioche comme capitale et au sud, la nouvelle province Syrie-Phénicie, englobant toute la Phénicie libanaise et ayant Tyr pour capitale(7).

Les Romains réalisèrent l'importance de la position stratégique de Baalbek, au carrefour des routes reliant l'Orient et L'Occident, plaque tournante des caravanes marchandes et à partir de laquelle ils évoluaient vers d'autres régions. Depuis cette cité centrale, ils pouvaient contrôler toute la Syrie intérieure, ils décidèrent alors, vers la fin du II°s de désigner Baalbek-Héliopolis province romaine sous le nom de "Colonia Italia Augusta Felix Heliopolis"(8).



III- L'agonie des temples :

L'intérêt qu'a porté l'empereur Constantin (307-337) au christianisme marque l'arrêt des cultes païens mais surtout la cessation des travaux d'embellissement qui s'étaient poursuivis jusqu'alors dans les temples de Baalbek-Héliopolis. L'abandon progressif du site le voua à une lente déchéance, en plus des séismes violents qui ébranlèrent les colonnades. Le zèle religieux n'épargna pas le reste. Théodose (379-395) fit abattre les statues païennes avec un tel acharnement qu'aucune statue digne d'intérêt ne fut retrouvée sur place(9). Il fit également raser la tour-autel pour construire dans la grande cour une grande basilique et transforma la cour hexagonale en église et le temple de Vénus en chapelle. Quant à Justinien (527-565), il préleva huit colonnes du temple de Jupiter pour en orner la basilique Sainte Sophie.

A la suite de la conquête Arabe en 637, les temples furent transformés en citadelle (qal'a) d'où le nom actuel du site "Qal'at Baalkek". Au cours des siècles suivants, la ville passa successivement aux mains des Omeyyades, des Abassides, Toulounides, Fatimides et Ayyoubides. Mise à sac par les Mongols vers 1260, elle connut une période de calme et de prospérité sous les Mamluks mais fut de nouveau délaissée par les Ottomans sombrant ainsi dans l'oubli et la ruine.



IV- Voyageurs et archéologues à Baalbek ou la renaissance du site :

La cité de Baalbek n'aurait pu garder les vestiges de sa splendeur passée sans l'intérêt que lui portèrent les voyageurs des temps modernes. Grâce à leurs interventions, des plans de la ville furent relevés, des gravures et des dessins furent exécutés, rapportant au monde la grandeur d'un passé en voie de disparition.

A partir du XVIII°siècle, ces aventuriers occidentaux partaient à la redécouverte de l'exotisme et des splendeurs de l'Orient. Parmi eux, certains sont passés par Baalbek. Le premier à l'avoir admiré et sauvé, en effectuant une étude détaillée de ses ruines romaines en 1751, fut Robert Wood qui écrivit : "Les ruines de Baalbek, comparées aux cités antiques que nous avons visitées en Italie, en Grèce, en Egypte ainsi que dans d'autres pays d'Asie, apparaissent comme les vestiges du plan le plus audacieux jamais exécuté en architecture"(10).

Trente trois ans plus tard, Constantin-François Volney visita également les ruines de Baalbek, le nombre des colonnes du temple de Jupiter avait encore regressé, elles n'étaient plus que six (neuf lors de la visite de R.Wood), suite à un terrible tremblement de terre en 1759 qui ne manqua pas de démolir encore plus les diverses parties du site.

D'autres voyageurs, des artistes, affluèrent sur les lieux, parmi eux les Français Louis-François Cassas (peintre-1785), Léon de Laborde (orientaliste-1837) et l'Anglais David Roberts (peintre-1839)(11). Leurs dessins, gravures et lithographies apportèrent une valeur autant documentaire qu'artistique sur les monuments. Malgré tous ces intérêts manifestés de par le monde, le site n'était pas à l'abri des délabrements. Vers la fin du XIX°siècle, un missionnaire américain, Samuel Jessup évoqua la gravité à laquelle le site se trouvait confronter : "Aujourd'hui l'impitoyable destruction des colonnes et des corniches de Baalbek continue en toute liberté. Tous les fragments des temples anciens sont utilisés pour construire la ville moderne et la route carrossable du Wali de Damas. L'archevêque grec-catholique Basileus bâtit maintenant une cathédrale au pied de la colline située au sud de l'hôtel Arbid; il a acheté le site du petit temple et fait rouler le long de la pente les colonnes cannelées et les blocs cubiques des murs du temple afin de les utiliser pour son édifice moderne."(12).

Un intérêt scientifique pour la sauvegarde des vestiges du temple de Baalbek commença à s'intaller. Une mission anglaise du Fonds Palestinien d'Exploration entreprit une première mission en 1873. Elle ne fut malheureusement pas suivie d'effet. La vrai exploration débuta avec la mission archéologique allemande de 1898 à 1905, qui arriva suite à la visite de l'empereur Guillaume II(13), et fut dirigée par l'archéologue Otto Puchstein. Après la 1ére Guerre Mondiale et l'installation du mandat français, d'autres missions se succédèrent supervisées successivement par C. Virolleaud, R. Dussaud, S. Ronzevalle, H. Seyrig, D. Schlumberger, F.Anus, P.Coupel & P.Collard qui oeuvrèrent pour la restauration des temples. Avec l'Indépendance du Liban en 1943, le professeur H. Kalayan prit la relève sous l'égide de l'émir Maurice Chéhab, Directeur du Service des Antiquités du Liban.

Ce cadre magique et unique donna l'envie à certains artistes de produire leurs spectacles en plein air durant la période estivale. Un premier spectacle fut présenté en 1922, un deuxième en 1944 mais ce fut celui de 1955, avec 4 pièces de la Compagnie Jean Marchat, qui encouragea les organisateurs de lancer "le festival international de Baalbek". Un an arpès, en 1956, ce festival fut officiellement inauguré par le président de la république libanaise M. Camille Chamoun. Ces manifestations eurent malheureusement à subir la guerre civile de 1975 et ses répercussions sur le pays. Depuis 1998, les spectacles ont repris leur cour, au grand plaisir du peuple libanais, fin amateur de manifestations artistiques en tout genre.

Une date importante reste à mentionner : 1984, le site de Baalbek fut inscrit au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO. Ce Label international est venu renforcer la reconnaissance de ce passé prestigieux de Baalbek et encourager les nouvelles initiatives de restauration et de sauvegarde de ce sanctuaire exceptionnel.



V- Le sanctuaire(14) :

Carte_Baalbeck

Le temple de Jupiter :

L'accès au temple de Jupiter, le principal temple de la triade de Baalbek, s'effectue par une entrée majestueuse constituée de propylées et surplombant un escalier monumental(15). Les propylées forment un portique à 12 colonnes (dont dix ont été remontées par la mission archéologique allemande) encadré de deux tours(16) surelevées de frontons triangulaires. On y accédait depuis ce portique, par une porte principale surmontée jadis d'un arc en plein cintre, ainsi que par deux autres portes latérales plus petites (murées dès l'époque romaine). Ce portique, d'aspect simple aujourd'hui, était richement décoré. Les archéologues ont supposé que sur le mur de fond, des niches étaient superposées sur deux niveaux, alternant un décor de frontons triangulaires et arrondis, avec des pilastres corinthiens au premier étage et ioniques au second. Elles pouvaient contenir les bustes ou statues représentants divers dieux de la mythologie romaine ou celles d'empereurs célèbres. Ces diverses statues furent détruites suite à l'installation du christianisme comme religion d'état, particulièrement sous le règne de Théodose (379-395).

Trois portes permettaient l'accès, depuis les propylées, à la cour hexagonale unique par son plan dans le monde romain. La présence de cette cour laisse supposer que les traditions sémites furent toujours respectées même durant la période romaine. Elle constituait un espace intermédiaire permettant aux fidèles une réflexion et une méditation, avant l'approche du saint des saints, représenté par l'enceinte sacrée qui était réservée aux prêtres. Cette cour est entourée de portiques, comportant quatre exèdres, autrefois richement décorés, qui subirent le sort des autres parties du sanctuaire lors des périodes successives de l'histoire : transformation en chapelle pour la Sainte Vierge à l'époque chrétienne et bastion à l'époque islamique. Dans la niche ouvrant sur la grande cour fut placé un bas relief du célèbre Jupiter Héliopolitain : emmailloté dans une robe-gaine et coiffé d'un chapeau en forme de panier évasé, brandissant dans sa main la foudre et entouré de part et d'autre de taureaux, l'animal-attribut du dieu sémite Baal-Hadad (les bas reliefs et quelques statues retrouvés sur le site même ou aux alentours du site, furent déplacés. Désormais, ils sont partagés entre les divers musées du monde).

La grande cour, par ses dimensions, est la plus immense du sanctuaire, elle mesure 135 X 113m. Qui plus est, elle représentait le foyer liturgique du site. Elle garda sa forme sémitique initiale(17) avec une paire d'autels sacrificatoires en forme de tours et deux bassins latéraux pour les ablutions. Elle fut toutefois remodelée dans son aspect général et solidifié par les Romains, qui installèrent de larges passages souterrains vôutés pour soutenir les nouvelles constructions plus majestueuses. Sur les trois côtés, cette grande cour fut entourée de portiques et d'exèdres alternativement rectangulaires (8) et demi-circulaires (4) qui furent couverts soit d'un plafond de bois soit d'une demi-coupole de pierre. Certains archéologues évoquent la présence de deux colonnes, à gauche et à droite de la cour, rappelant les deux colonnes de Boaz et Jakin devant le temple de Salomon à Jérusalem. Quant à la tour-autel (en cour de restauration actuellement), elle se trouve au centre de la grande cour, face au sanctuaire de Jupiter. Elle permettait aux fidèles d'entrevoir la statue du dieu entreposée dans la cella. Le petit autel était réservé aux prêtres officiants pour la présentation des sacrifices. A l'époque chrétienne, cette grande cour fut transformée en basilique dédiée à Saint Pierre.

De la grande cour on monte un escalier à trois volets afin d'accéder au sanctuaire, ou le saint des saints, qui préservait la statue du dieu Jupiter-Héliopolitain, dominant l'ensemble par ses dimensions grandioses. De ce temple il ne subsiste que 6 colonnes, hautes de 20m (base et chapiteau compris), d'un diamètre de 2,2m (le fût en trois tambours), supportant un entablement de plus de 5m surmonté d'un architrave décoré d'une frise avec des têtes de taureaux et de lions réunis par des petites guirlandes. Pour reconstituer le plan du temple, les archéologues se sont basés sur celui du temple de Bacchus, mieux conservé. D'après leurs études, le plan était de forme rectangulaire, probablement un périptère, avec 10 colonnes en façades et 19 sur les côtés (88x 48m), le plus grand temple du monde romain. A l'intérieur, les dispositions étaient similaires à celles du temple de Bacchus avec un pronaos et une cella.


Le temple de Bacchus :

Un peu moins grand que le temple de Jupiter, celui de Bacchus est le mieux conservé du site. Construit au II°siècle ap.J.C., ce temple est impressionnant avec son étendue de 19m et son portail monumental de 13m de haut et 6m50 de large. Il se dresse sur un podium de 5m de haut, on y accède par un escalier de 33 marches. C'est un temple périptère de 69m de long sur 36m de large, avec un péristyle entourant la cella (8 colonnes en façade et 15 sur les côtés) et un pronaos décoré de 8 colonnes cannelées. Les colonnes, bases et chapiteaux, font 19m de hauteur, supportant un entablement avec des frises décorées de protomés de lions et de taureaux. Le plafond à caissons est enrichi d'éléments de décor empruntés au répertoire ornemental gréco-romain.

A l'intérieur du temple des colonnes engagées à chapiteaux corinthiens alternent avec des niches superposées (à frontons circulaires dans la rangée du bas et fronton triangulaires pour les niches du haut) contenant jadis les statues des divinités honorées. Au fond du temple, nous retrouvons un adyton où trônait la statue du dieu. Le culte était centré autour d'un jeune dieu (un Adonis local) de la végétation et de la renaissance perpétuelle de la nature. Du vin et d'autres drogues, comme l'opium, étaient utilisés par les fidèles dans le but d'atteindre l'extase. Les représentations décoratives de vignes et pavots laissent supposer l'attribution de ce temple au dieu Bacchus.

A l'angle sud-est du temple une tour fut élevée du temps des Mamelouks, au XV°siècle, servant de résidence du gouverneur de la citadelle.


Le temple de Venus :

Appelé également temple rond, vue qu'il possède une cella circulaire. Il se trouve au sud-est de l'acropole, vers laquelle il est orienté et dont il est séparé par la route. Il possède son enclos sacré qu'il partage avec un autre petit temple dont il ne reste que les ruines, appelé "temple des Muses"(18). Le raffinement et la décoration minutieuse de ce temple, avec ses niches surmontées de coquillages et décorées de colombes, a amené les archéologues à l'attribuer à Vénus, pourtant deuxième divinité de la triade héliopolitaine à qui aurait pu échoué le second temple (celui de Bacchus) pour suivre la disposition hiérarchique.

Erigé au III°siècle, le temple rond fut le dernier à être construit. On y accède par un escalier à trois volées de marches. Le sanctuaire fut jadis précédé par un pronaos rectangulaire à 8 colonnes. Le tour de la cella est formé de niches situées à intervalles réguliers et flanquées chacune de deux colonnes. L'entablement, porté par des colonnes corinthiennes, s'incurve de colonne en colonne encadrant les niches(19) et donnant ainsi à l'édifice une apparance élégante et raffinée. Durant l'ère chrétienne il fut transformé en église consacrée à Sainte Barbe, qui reste de nos jours la patronne de la ville de Baalbek. Par contre durant la période islamique, le temple resta en dehors de la forteresse et fut absorbé petit à petit par la ville médiévale. Quand la mission archéologique allemande débuta ses fouilles, l'ensemble du temple était enseveli sous les maisons et jardins. Entre 1931 et 1933, tout ce qui restait de ce temple circulaire fut démonté et reconstruit le plus fidèlement possible du plan d'origine.



En évoquant l'architecture des temples de Baalbek, nous ne pouvons que saluer le travail minutieux mené depuis des années, avec passion et engouement, par les différentes équipes archéologiques, autant nationales qu'internationales, pour redonner à ce site exceptionnel toute sa splendeur. Le souci de sauvegarder un patrimoine aussi riche par son plan et ses dimensions, témoin d'une grandeur architecturale et d'une histoire glorieuse, interpelle tout le respect et l'admiration.



Baalbek ne fut pas l'unique sanctuaire romain en Phénicie, d'autres temples furent érigés dans les différentes régions : à Sfiré, Qasr Naous, Bziza, Aydamoun, Mashnaqa (temple d'Adonis et Astarté), Qalaat Faqra, Ras Baalbek, Laboué, Dakoué, Niha, Fourzol, Chhîm, Deir al-Qalaa (Beit Méry). Avec le développement des pages de notre site, nous allons essayer de vous présenter, au fur et à mesure, ces divers sanctuaires.







(1) Tell=colline artificielle formée par les ruines superposées d'une ville ancienne. Roger Saidah, "Archeology in the Lebanon 1968-1969" Berytus XVIII, 1969, p.126. Retour texte
(2) Cf.Nina Jidejian,Baalbek-Héliopolis "cité du soleil", Beyrouth, Librairie Orientale, p.8.
Maurice Sartre, "La Phénicie romaine, la puissance de Rome" dans Liban, l'autre rive,Paris, IMA-Flammarion, 1998, p.187.
Retour texte
(3) Cf.Maurice Sartre, Idem, p.189. Retour texte
(4) Les tétrarques de Chalcis sont des souverains vassaux des Romains dont le territoire, Chalcis, fut identifié par René Dussaud dans son livre Typographie histoirique de la Syrie antique et médiévale, comme étant "Chalcis ad Libanum" la localité comprenant la citadelle de Majdel 'Anjar Retour texte
(5) Cf.Maurice Sartre,op.cit, p.187. Retour texte
(6) Liban, les guides bleus, Paris, Hachette, 1975, p.191. Retour texte
(7) Maurice Sartre, op.cit, p.187. Retour texte
(8) Nina Jidejian, op.cit, p.8. Retour texte
(9) Liban, les guides bleus, p.191. Au sujet de la statue colossale de Baalbek, voir N.Jidejian,op.cit ,p.2s. Retour texte
(10) Robert Wood, The ruins of Baalbec, otherwise Heliopolis in Coelosyria, London, 1757, p.6. Retour texte
(11) David Roberts, The Holy Land II, London, F.G. Moon, 1843. Il écrivit : "C'est peut-être le travail le plus compliqué, le plus exquisement travaillé dans ses détails qui puisse se trouver dans le monde. Le crayon ne peut donner qu'une faible idée de sa beauté". Retour texte
(12) Samuel Jessup, "Ba'albek" in Colonel Wilson's Picturesque Palestine, Sinaï and Egypt I, New York, D. Appleton and Company, 1881, p.476. Retour texte
(13) Michel Alouf, History of Baalbek, Beyrouth, Imprimerie Catholique, 1914. Il écrivit: "Tout ce qui avait rapport à l'art et à la recherche scientifique passionnait Guillaume II. Durant sa visite le 10 novembre 1898, il décida de faire connaître au monde et de laisser aux générations futures les plans de ces monuments comme ils étaient à l'origine et dans leur état actuel; et pour protéger les ruines des usures du temps et du vandalisme".
Avec l''arrivée des archéologues allemands sous la direction du Professeur Otto Puchstein, les scientifiques français furent consternés, vue la position privilégiée qu'ils avaient toujours eu dans la région surtout suite à la mission d'Ernest Renan en 1860. La question d'Orient et l'intervention des puissances européennes au sein de l'Empire Ottoman commençait dès lors à se manifester sur tous les plans y compris celui de l'archéologie.
Retour texte
(14) Baalbeck, brochure édité par le Ministère du Tourisme du Liban, 1996. Cf. aussi Liban, les guides bleus, p.194s. Retour texte
(15) Pour entrer dans le sanctuaire on accédait jadis par un escalier monumental qui occupait toute la largeur de la colonnade des propylées. Cet escalier fut détruit avec la conquête islamique en 637 pour permettre le creusement d'un fossé, transformant ainsi le sanctuaire en forteresse (qal'a). L'escalier actuel fut aménagé par la mission archéologique allemande. Retour texte
(16) Les deux tours furent également transformées en bastions pour la défense de la forteresse. Retour texte
(17) Cf.John B. Ward-Perkins, Architecture romaine, Editions Gallimard/Electa, Milan, 1994, p.156. Retour texte
(18) "Temple des Muses": parmi les stèles réutilisées sur le site une stèle portait une inscription "Calliope la Terre". Cette muse apparut également comme figure centrale sur une mosaïque trouvée à Soueidié, localité près de Baalbek. es-ce la raison de l'appelation du temple ? Retour texte
(19) Les niches abritaient les statues des diverses divinités honorées, tandis que la statue de la divinité tutélaire du temple se trouvait, non dans un adyton comme dans les 2 autres temples, mais sur un simple piedestal placé au centre. Retour texte

Retour index 'Les Phéniciens'