Votre navigateur ne supporte pas le javascript! Les Phéniciens - Sidon
La forteresse de la mer

Sidon

Qualifiée de "premier-né de Canaan", même plus tard, de "mère de Canaan", la ville antique de Sidon (aujourd'hui Saïda) connut une grande célébrité dans l'Antiquité. Le terme "sidonien" se confondait d'ailleurs avec celui de "phénicien" dans la tradition homérique et biblique.

La cité sidonienne se trouve sur un petit promontoire, face à une rangée d'îlots le long de la côte, délimitée au nord et au sud par deux modestes cours d'eau, Nahr el-kamlé et Nahr el-Barghout. Les plus anciens vestiges remontent au milieu du IV° millénaire, à Dakerman, une implantation chalcolithique a été mise à jour. L'habitat était composé de constructions ovales, en pierraille non équarrie recouverte d'un épais enduit argileux. Le village était ceint d'un mur de plus de deux mètres d'épaisseur, huit tombes d'adultes inhumés dans des jarres ont été découvertes à l'intérieur de l'aire d'habitat.

Vue de la ville de Saïda

L'impossibilité d'effectuer des recherches archéologiques dans la zone urbaine a amené les chercheurs à fouiller les zones des alentours. C'est dans l'arrière-pays que furent découvertes des tombes datant de l'Âge du Bronze et de l'Âge du fer. Le matériel funéraire comprenait des scarabées égyptiens, des haches de bronze, des sceaux-cylindres de style syrien, des céramiques chypriotes, des bijoux, ..., attestant des rapports existants entre les pays de la Méditerranée orientale.

La cité de Sidon a fait partie, successivement et comme les autres cités phéniciennes de la côte, du territoire de l'Egypte de Ramsès II (-1275), de celui des Assyriens (-701) avec Sargon, de celui des Babyloniens (-585) de Nabuchodonosor, des Perses de Cyrus (-539) et d'Alexandre le grand (-333) pour terminer avec les Romains (-64), en passant par certaines périodes d'autonomies ou de jumelage avec Tyr. Elle a subi, tout au long des siècles, la politique des conquérants mais elle a su apporter une touche d'indépendance avec son esprit d'aventure et de navigation sur les mers.

L'importance de Sidon se manifesta par le fait que le nom de la ville, en écriture cunéiforme, était précédé du classificateur Kur, qui signifie "pays", alors que Tyr, sa voisine du Sud, était qualifiée de "uru", "ville". Sidon posséda une flotte bien avant Tyr et sa puissance commerciale suscita l'admiration des puissances de l'époque(1).

La forteresse de la mer

Les relations entre ces deux cités méridionales dépendaient des forces en place. Soit elles se ralliaient sous le pouvoir d'un seul roi, soit elles se déchiraient en s'alliant avec l'ennemi recherchant de ce fait une récompense territoriale au dépens de l'autre cité. On explique l'apogée de Sidon, à peine touchée par les raids assyriens, par une coalition politico-économique avec Tyr. Pendant près d'un siècle et demi, aux IX° et VIII° siècles, les deux villes se sont unies sous le sceptre du même roi. Puis, les faveurs alternées des souverains assyriens, agrandissaient ou réduisaient le territoire de l'une aux dépens ou en faveur de celui de l'autre.

Les Assyriens avaient pourtant compris l'intérêt à laisser ces cités libres de commercer, d'établir des comptoirs en Méditerranée et de permettre ainsi aux métaux précieux de la Méditerranée occidentale d'affluer vers l'Orient. Cependant cette autonomie était relative : des représentants du roi assyrien contrôlaient sur place le respect des intérêts de leur maître et toute tentative de révolte était sévèrement réprimée (révoltes de Sidon en 677 et de Tyr en 671 & 663).

Cette présence assyrienne représentait alors une arme à double tranchant. Face à la pression politico-militaire, certains habitants décidèrent d'aller chercher ailleurs une atmosphère moins pesante et de ce fait ils s'installèrent dans des comptoirs occidentaux. Mais les besoins de l'Assyrie avaient également créé un débouché aux marchandises variées que les marins phéniciens rapportaient de toute la Méditerranée.

Après -638, l'Assyrie perd son influence et le Levant retrouva une certaine indépendance. L'Egypte, qui connaissait une période de renaissance sous la dynastie saïte, essaya de regagner une certaine influence mais ses prétentions restèrent sans lendemain. Dès -605, Nabuchodonosor, roi de Babylone, entre en scène. Sa victoire sur les Egyptiens à Carchemish lui ouvrit les portes de toute la région. Comme tous les conquérants qui l'ont précédé, il chercha à s'assurer une domination complète sur les richesses de la côte, en bois et en bateaux, et sur le commerce. Il fit alors déporter tous les rois des cités phéniciennes en Babylone.

Retrouvant son souffle après la prise de Babylone par Cyrus, le roi des Perses, la cité de Sidon reprend son rôle de ville maritime. Ses marins réputés, ainsi que les autres marins phéniciens, mirent leur expérience au service des nouveaux dominateurs. Les bateaux phéniciens formèrent le fleuron de la flotte perse emmenée par Darius et Xerxès à l'assaut de la Grèce. Les rois des cités phéniciennes étaient les amiraux, chacun à la tête du contingent de sa cité : Hérodote cite parmi eux Tetramnestos de Sidon, Matten de Tyr et Merbalos d'Arwad.

La forteresse de la mer

Tribune d'Echmoun, Musée National Beyrouth
Tribune d'Echmoun, Musée National Beyrouth

Sidon a, durant toute la période perse, gardé une position prédominante dans le monde phénicien. De cette époque date le temple d'Echmoun ainsi que les grandes nécropoles. Grâce à l'inscription gravée sur le célèbre sarcophage du jeune roi Echmounazor, on sait que "le roi des rois", c'est-à-dire l'empereur perse, lui avait concédé des terrains en échange du soutien de sa flotte. Cette entente entre le pouvoir local et le pouvoir perse ne dura pas longtemps, des révoltes éclatèrent dans la cité mais furent férocement réprimandées.

Bien qu'elle ait été l'alliée des Perses pendant les guerres médiques, Sidon fut épargnée par Alexandre le Grand, quand il conquit la côte phénicienne en -332, mais il exila son roi et nomma un nouveau. Suite à la chute de sa rivale Tyr, Sidon a, de nouveau, retrouvé sa suprématie en devançant les autres villes phéniciennes. A l’époque romaine, la ville fut transformée en république gérée par des juges, gouverneurs et un sénat. Son territoire fut élargi jusqu’au Mont Hermon.





(1) Gras, Rouillard & Texidor, l'Univers Phénicien, Hachette Pluriel, 1995, P48 Retour texte

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