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Le Périple de Hannon

Hannon
Les Phéniciens furent connus comme étant les plus grands navigateurs de l'Antiquité et les premiers à avoir navigué sur toutes les mers du monde antique. Ceux d'entre eux, établis dans les cités de l'Est méditerranéen : Ugarit, Arwad, Byblos, Tyr, Sidon ..., comme leurs descendants installés dans les différents comptoirs et sur tous les territoires connus de l'époque, spécialement les Carthaginois, ont marqué l'Histoire avec leurs voyages et leurs exploits.

Les textes anciens ont gardé certains de ces récits, les inscriptions ont retenues les noms de quelques armateurs ou chefs de navires durant tel évènement, telle voyage de découverte ou telle guerre. On évoque le voyage du roi Hiram de Tyr et de Salomon vers le pays d'Ophir (X° siècle), l'expédition financée par le pharaon Néchao II (fin du VII° siècle), les voyages exploratoires des Carthaginois Hannon et Himilcon vers l'Afrique et vers l'Europe du nord (les îles britanniques et l'Irlande, 450 av.J.C.). Tous ces voyages avaient pour but de trouver de l'or et des richesses ainsi que les matières premières indispensables pour le développement de l'artisanat et du commerce. Cela ne les empêcha pas de joindre l'utile à l'agréable et de chercher par le même fait les nouvelles routes maritimes aussi bien que les nouveaux comptoirs commerciaux qui les aideraient à progresser dans leurs découvertes de nouvelles contrées.

L'Histoire n'a retenu que sommairement ces voyages. Le seul qui nous est parvenu est celui du carthaginois Hannon. Cet exploit célèbre se serait passé dans le premier quart du V°siècle (425 av.J.C.), il fut désigné dans les annales de l'exploration maritime sous le nom de Périple de Hannon. La narration du voyage fut gravée sur les murs du temple de Melqart à Carthage qui fut détruit par les Romains, à l'instar de la ville toute entière. Ce récit a pu être rapporté au travers des transcriptions faites sur place par des visiteurs Grecs. Utopie ou réalité, texte intégral ou modifié, texte véridique ou énigmatique ? Tout ce que l'on peut supposer c'est que cette expédition maritime relevait du secret d'État.

La traduction du texte grec raconte ce qui suit :

"C'est l'histoire du long voyage d'Hannon, roi des carthaginois, dans les pays de Libye, au-delà des colonnes d'Hercule, qu'il grava sur pierre dans le temple de Cronos (le Melqart carthaginois).

  1. Les Carthaginois décidèrent que Hannon devrait naviguer au-delà des colonnes d'Hercule et fonder une colonie de Libyo-Phéniciens(1). Il embarqua donc sur soixante pentécontores, environ trente mille hommes et femmes, des provisions et l'équipement nécessaire.
  2. Après avoir navigué au-delà des colonnes d'Hercule pendant deux jours, il fonda la première ville que nous appelâmes Thymiatherion. Elle dominait une large plaine.
  3. Naviguant alors en direction de l'ouest, nous arrivâmes à Soloeïs, un promontoire libyen couvert d'arbres, là nous fondâmes un temple dédié à Poséidon (Le Baal Shaphon des carthaginois).
  4. Après avoir navigué en direction de l'est pendant une demi-journée, nous atteignîmes un lac, peu éloigné de la mer, encombré d'une grande quantité de hautes herbes, dont se nourrissaient des éléphants et de nombreux autres animaux sauvages.
  5. A une journée de navigation, au-delà de ce lac, nous fondâmes, sur la côte, cinq nouvelles cités : Karikon-Teichos, Gytte, Akra, Melitta et Arambys.
  6. Continuant notre chemin, nous arrivâmes à la large rivière Lixus, qui vient de Libye et au-delà de laquelle des nomades appelés Lixites(2) font paître leurs troupeaux. Nous restâmes un certain temps avec eux et ils devinrent nos amis.
  7. Dans l'arrière-pays infesté de bêtes sauvages et hérissé de grandes montagnes, vivaient des Ethiopiens(3) inhospitaliers. Ils disent que le Lixus coule de cette région et qu'au milieu de ces montagnes habitent des troglodytes(4), d'allure étrange, qui, d'après les récits des Lixites, peuvent courir plus vite que les chevaux.
  8. Prenant des interprètes parmi les Lixites, nous naviguâmes pendant deux jours en direction du sud, le long d'un rivage désertique, puis une autre journée en direction de l'est. Nous trouvâmes une petite île de cinq stades de pourtour, à l'extrémité d'un golfe. Nous créâmes un établissement et l'appelâmes Cerné(5). Nous avons estimé, en nous référant à notre itinéraire, que nous nous trouvions alors à l'opposé de Carthage, étant donné que le voyage de Carthage aux colonnes d'Hercule et de là jusqu'à Cerné semblait identique.
  9. De là, nous remontons la grande rivière appelée Chrétès; nous atteignons un lac sur lequel se trouvent trois îles plus grandes que Cerné. Continuant à naviguer pendant une journée, nous arrivâmes à l'extrémité du lac, surplombé par une haute montagne remplie de sauvages vêtus de peaux de bêtes, qui nous jetèrent des pierres et luttèrent contre nous. Ils nous empêchèrent de débarquer(6).
  10. Continuant toujours à naviguer, à partir de là, nous arrivâmes à une nouvelle grande rivière pleine de crocodiles et d'hippopotames. Nous retournâmes alors et revînmes à Cerné.
  11. Nous naviguâmes vers le sud pendant douze jours, au plus près de la côte tout au long de laquelle apparaissaient les Ethiopiens qui s'enfuyaient quand ils nous voyaient. Leur langage était incompréhensible même pour nos interprètes Lixites.
  12. Le dernier jour, nous jetâmes l'ancre à proximité de hautes montagnes recouvertes d'arbres dont le bois dégageait un parfum délicieux.
  13. Nous naviguâmes dans les parages pendant deux jours. Nous atteignîmes un immense golfe sur les rivages duquel nous pouvions observer, une fois la nuit venue, de grands feux et d'autres plus petits, s'allumant partout, à tour de rôle.
  14. Après avoir refait nos provisions d'eau, nous naviguâmes alors pendant cinq jours le long des côtes, jusqu'à ce que nous arrivions à une grande baie, que nos interprètes appelaient "corne de l'Occident"(7). Dans cette baie, il y avait une grande île et dans l'île, un lac d'eau salée dans lequel se trouvait une nouvelle île où nous mîmes pied à terre. De jour, on ne pouvait rien voir d'autre que la forêt, mais une fois la nuit venue, nous avons vu des feux s'allumer partout et nous entendîmes une grande clameur. La peur nous gagna et nous prîmes le parti de quitter cette île.
  15. Nous naviguâmes alors très vite en contournant une côte sauvage, d'où se dégageait un parfum d'encens. Des torrents de feu et de laves se répandaient jusque dans la mer et le pays était inabordable en raison de la chaleur.
  16. Effrayés, nous quittâmes cette région à la hâte et naviguâmes encore pendant quatre jours. Nous vîmes un pays la nuit, totalement en flammes. Au milieu, il y avait une flamme plus haute  que les autres et il nous semblait qu'elle atteignait les étoiles. De jour, cela ressemblait à une grande montagne qui était appelée "le char des dieux"(8).
  17. Nous naviguâmes encore pendant trois jours dépassant cet endroit où coulait cette lave dangeureuse et nous atteignîmes un golfe appelé "corne du sud".
  18. A l'extrémité de cette baie, se trouvait une île plus grande que la première, avec un lac où se trouvait une autre île remplie de singes. Il y avait un beaucoup plus grand nombre de femelles dont les corps étaient velus, et nos interprètes les appelaient des gorilles. Essayant de les poursuivre, nous ne parvînmes à attraper aucun mâle, car ils étaient tous habitués à escalader les précipices. Ils s'enfuirent en nous envoyant des pierres pour protéger leur retraite. Mais nous attrapâmes trois femelles qui mordirent et griffèrent ceux qui les portaient, car elles ne voulaient pas les suivre. Nous les tuâmes alors, et les dépeçâmes. Nous ramenâmes leurs peaux à Carthage, car nous arrêtâmes là notre navigation, notre ravitaillement étant épuisé".

Les historiens restent partagés quant à ce récit. Les plus sceptiques estiment que Hannon n'a pu dépasser les côtes atlantiques marocaines (Thymiatherion pourrait correspondre à l'actuelle Kenitra qui domine la plaine du Gharb, le cap Soloeïs au cap Blanc, connu aussi sous le nom du 'Ras Nouadhibou'). Les plus enthousiastes sont, par contre, persuadés qu'il a atteint les rives du Cameroun (le Char des dieux : volcan du mont Cameroun). La plupart des exégètes prétendent qu'il a, de toute façon, atteint le fleuve Sénégal (Chrétès).







(1) Les Libyo-Phéniciens sont issus d'une race métisse, mélange d'Africains et d'Orientaux Retour texte
(2) Les Lixites sont les nomades du Sahara Occidental, ils étaient les intermédiaires entre l'Afrique blanche et l'Afrique noire Retour texte
(3) Il s'agissait probablement des habitants de la Guinée Retour texte
(4) Nous supposons que les troglodytes sont les ancêtres des Berbères qui refusaient toute domination étrangère et tenaient à leur indépendance Retour texte
(5) Il y a trois suppositions concernant cette île: Tydra au sud de la baie du Lévrier, l'île de Saint Louis à l'embouchure du fleuve Sénégal ou plus au sud Gorée à quelques encablures du Dakar. Une autre hypothèse précise que l'île est située dans la baie di Rio de Oro et que les anciennes cartes marines désignaient sous le nom d'île d'Hern Retour texte
(6) Certains historiens parlent de ce pays montagneux qui pourrait correspondre au pays de Bambouk, fabuleux pays des mines d'or. Quand Hannon parle de l'accueil hostile et agressif qui lui a été réservé, nous pensons que ce discours est volontaire et susceptible de dégoûter tous ceux qui seraient tentés d'aller sur ses traces à la recherche de l'or Retour texte
(7) Le cap des Palmes en Côte-d'Ivoire Retour texte
(8) le volcan du mont Cameroun Retour texte

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