Votre navigateur ne supporte pas le javascript! Les Phéniciens - Un enlèvement

Stèle de Robia
Stèle de Robia : l'image inédite d'une Sidonienne.
Sidon, époque Hellénistique

Un enlèvement


L'Odyssée(1), présente les Phéniciens comme des marins habiles et des commerçants retors. Dans ses écrits, Homère narre l'épisode de l'enlèvement d'Eumée, fils du roi de l'île de Syros dans les Cyclades, par des marins phéniciens aidés par une compatriote de Sidon au service de la famille royale.



"On y vit arriver des gens de Phénicie, de ces marins rapaces, qui, dans leur noir vaisseau, ont mille camelotes. Or une Phénicienne, artiste en beaux ouvrages, était à la maison : la grande et belle fille, que ces routiers de Phéniciens nous débauchèrent ! un jour donc au lavoir, elle s'abandonna sous le flanc du vaisseau... Ah ! le lit et l'amour, voilà qui pervertit les pauvres cœurs des femmes, même des plus honnêtes... Il lui demande, après, son nom et sa patrie. Elle indique aussitôt le haut toit de mon père :


La Sidonienne - Mais je suis de Sidon, le grand marché du bronze ; du très riche Arybas, j'ai l'honneur d'être fille ; quand je rentrais des champs, des marins de Taphos, des pirates, m'ont prise et vendue en ces lieux.

L'autre qui l'avait eue en secret, lui répond :

Le Phénicien - Tu ne reviendrais pas avec nous, au pays, revoir tes père et mère en leur haute maison ? ... Car ils vivent encore ; on les dit toujours riches.

la femme, reprenant la parole, répond :

La Sidonienne - Cela pourrait aller, si tous les gens du bord me prêtaient le serment que vous me remettrez, saine et sauve, au logis.

Les autres aussitôt jurent à sa demande ; quand ils ont prononcé et cellé le serment, c'est elle qui reprend la parole et leur dit :

La Sidonienne - Silence maintenant ! Que personne jamais ne m'accoste ou ne me parle, si quelqu'un de vos gens me rencontre soit dans la rue, soit à la source. il ne faut pas qu'on aille avertir notre vieux ! s'il avait des soupçons, il m'aurait tôt liée d'une corde solide et vous perdrez aussi ! ...Gardez-moi le secret ! hâtez le chargement et, quand votre vaisseau aura son plein de vivres, vite ! envoyez quelqu'un m'avertir au manoir ! J'apporterai tout l'or que j'aurai sous la main et je voudrais encore, pour payer mon passage, vous livrer un enfant que j'élève au logis ; c'est le fils de cet homme ; il trotte sur mes pas quand je sors dans la rue ; il est de bonne vente ; si je l'amène à bord, on vous en donnera et des cents et des mille, où que vous le vendiez chez les gens d'autre langue.

Elle dit et revint au logis de mon père. Mais l'année s'acheva : ils restaient toujours là, faisant leur plein de vivres dans le creux du vaisseau. Enfin, la cale pleine, ils étaient pour partir. Un messager s'en vint avertir notre femme. C'était un fin matois, qui, pour entrer chez nous, tenait un collier d'or enfilé de gros ambres. Tandis qu'en la grand'salle, ma mère vénérée et ses femmes prenaient et palpaient le collier, et le mangeaient des yeux, et débattaient le prix, l'homme, sans dire un mot, fit un signe à la fille et, d'accord, regagna le creux de son vaisseau. Elle aussitôt me prend par la main et m'entraîne. A la porte, dans l'avant-pièce, elle aperçoit des coupes, des corbeilles : mon père, ce jour-là, avait offert à ses collègues un repas ; puis ils étaient partis discuter au conseil les affaires du peuple. En passant, elle vole et cache dans son sein trois coupes ; je la suis, pauvre fou que j'étais !

Le soleil se couchait, et c'était l'heure où l'ombre emplit toutes les rues. Nous arrivons, courant, au mouillage connu : nos gens de Phénicie et leur vaisseau rapide étaient bien à leur poste."






(1) L'Odyssée,Chant XV, V.405, Eumée raconte son enfance dans l'ile de Syros, son éducation par une gouvernante phénicienne et son enlèvement. Retour texte

Retour index 'Les Phéniciens'