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En soumettant la Phénicie à son autorité, Alexandre était, une fois de plus, pleinement dans son rôle de chef. Il ne rencontra pas de résistance auprès des cités du Nord : Arwad, Byblos et Sidon. Mais, quand il prétendit présenter un sacrifice au Melqart phénicien dans son temple de Tyr, le roi de la ville, Azémilcos, lui en refusa l'accès. C'est que la vieille ville de Tyr, bâtie sur une petite île rocheuse, à quelque distance du rivage, se croyait imprenable. |
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Alexandre ne pouvait pas accepter ce refus. La Grèce n'aurait vraiment triomphé de la Phénicie que si son chef pouvait faire agréer ses hommages par le dieu de l'ennemi. Et puis, à quoi aurait servi d'occuper le littoral phénicien, si l'île de Tyr était demeurée libre et avait pu recevoir secours à tout moment des escadres de Carthage ?
Voilà que les raisons de la stratégie, celles de la politique et celles de la mystique se sont réunis pour obliger Alexandre à un siège long et difficile. Le siège de Tyr contraignit les ingénieurs grecs à d'énormes travaux. Il fallait construire, sous le feu de l'ennemi, un môle qui rejoignît l'île de Tyr au rivage.
Alexandre décida de relier l'île au rivage en construisant une digue de 60 m de long. Les assiégés, avides de leur indépendance ainsi que de leur liberté, démolissaient durant la nuit le travail que les Grecs accomplissaient durant le jour. Mais, la patience et la ténacité étaient les meilleures armes du conquérant macédonien.
Les premières brèches permirent aux assaillants de pénétrer dans l'enceinte rêvée. Ils furent vites massacrés. Des tridents semblables à des hameçons arrachèrent aux Grecs leurs boucliers. Les Tyriens versèrent sur les attaquants du sable chauffé à blanc et des masses de fer rougies au feu. Des trirèmes chargées de femmes, d'enfants et de vieillards partirent la nuit vers Carthage. Alexandre songea un moment à renoncer à sa folie mais son orgueil le rattrapa. L'historien Diodore laissa un récit de cet événement mémorable :
"Alexandre abaissa sur le mur de la ville le pont volant de l'une des tours
de bois, il la traversa seul, défiant la fortune et bravant le désespoir des
Tyriens. Il ordonna aux Macédoniens de le suivre. Il se mit à leur tête, en vint
aux mains avec les assiégés et les tua à coups de lance, les autres avec son
épée. Il en repoussa quelques-uns, avec son bouclier et comprima l'audace de ses
adversaires, tandis que le bélier, sur un autre point, renversait un pan de mur
considérable.
Les Macédoniens pénétrèrent par cette ouverture à l'intérieur de la ville, en
même temps la troupe d'Alexandre franchit les murs au moyen de ponts volants et
s'empara de la ville. Mais les Tyriens rassemblant toutes leurs forces, se
barricadent dans les rues et succombent dans cette lutte inégale. On compte plus
de 7000 cadavres. Le roi vendit aux enchères les femmes et les enfants et fit
prendre tous les jeunes gens au nombre d'au moins 2000. Quant aux prisonniers, il
n'y en eut pas moins de 13000. Tel fut le sort des Tyriens qui, avec plus de
courage que de prudence, avaient soutenu un siège de sept mois".
Seul demeura debout le temple de Melqart, où le roi de Macédoine put enfin honorer, comme il le voulait, l'Héraclès phénicien. Par cette victoire importante pour Alexandre, la flotte grecque était désormais capable de mettre à mal la flotte perse et compléter la suprématie gagnée sur terre. Au mois de septembre (-332) le conquérant macédonien pouvait poursuivre le chemin vers l'Egypte.
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Éditions Gallimard Découvertes, Paris 1988, numéro 27. |