Votre navigateur ne supporte pas le javascript! Les Phéniciens - Ougarit

Ougarit

Notre site est bien dédié aux cités phéniciennes, reconnues sous ce nom à partir de la fin du XII°siècle av.J.C., suite aux invasions des Peuples de la mer. Par contre, ces mêmes invasions effacèrent à jamais, du paysage antique, certaines des anciennes cités "cananéennes" comme Ougarit.

La cité d'Ougarit (ou Ugarit) avait déjà des relations maritimes bien avancées avec le monde égéen. Les échanges prospéraient de part et d'autre, la richesse de la ville fut bien à la hauteur de ses voisines même parfois encore plus prononcée. Si nous avons choisi de présenter cette cité c'est bien pour évoquer son rôle précurseur dans le secteur autant maritime (avec les échanges) que culturel (alphabet ougaritique). Ne pouvant la qualifier de "phénicienne" mais plutôt de cananéenne, Ougarit peut être considérée comme"l'instigatrice" de l'expansion, moteur d'activité des futurs cités phéniciennes. Un historien écrivit : "Ougarit apparaît ainsi comme une thalassocratie rivale des Mycéniens et préfigurant les grandes entreprises des Phéniciens de Tyr et Sidon(1).

Dieu El, par J. Achkar, © Pheniciens.com

Ville côtière de la Syrie actuelle, la cité d'Ougarit (Ugarit) est connue maintenant sous le nom de Ras Shamra (cap du fenouil). Le site est situé à 15 Km au Nord de Lattaquié, en bordure de la Méditerranée. Les fouilles archéologiques débutèrent en 1929 suite à une découverte fortuite faite par un paysan labourant son champ et se heurtant à une tombe remplie de céramiques. La Syrie était à cette époque sous mandat français. Le pouvoir mandataire, qui venait de créer un Service des Antiquités sous la direction de René Dussaud, dépêcha sur place l'archéologue Claude Schaeffer qui se consacrera au site jusqu'à sa mort en 1982.

Ougarit, le grand port cananéen connu jusque là uniquement à travers les archives antiques d'Amarna (capitale d'Akhénaton), anéanti par les invasions des Peuples de la mer en 1186 av.J.C., était prêt à livrer ses secrets.

Carte site Ougarit

Le site d'Ougarit, l'un des plus anciens du Proche-Orient Antique, fut occupé dès le néolithique (6500av.J.C.). L'industrie du cuivre y fait son apparition au début du IV° millénaire. Aux alentours de 3000 av.J.C. une cité importante émerge, pourvue de fortifications. Le début du II° millénaire marque un tournant dans l'histoire de la ville avec l'arrivée de groupes nomades, les Amorrites(2), artisans spécialisés dans la fonte du bronze. Ougarit est alors la capitale d'un royaume florissant positionné au croisement des voies terrestres du Proche-Orient et des voies maritimes de la Méditerranée. La cité était située sur un axe stratégique de l'époque, ses rois avaient à se défendre face aux puissances en présence : au Sud, les Pharaons d'Egypte, au Nord, sur les contreforts du Taurus, le royaume de Mitanni(3) et par la suite les Hittites, à l'Est le monde mésopotamien et à l'Ouest la Méditerranée (monde Egéen).


Cette position, à un carrefour d'échanges commerciaux et culturels, à un croisement nord-sud (monde hittite - Egypte) et est-ouest (monde mésopotamien - Méditerranée), va enrichir ce royaume grâce au commerce et au développement de l'artisanat du luxe. Ougarit se trouvait au débouché d'une plaine fertile, on y cultivait la vigne, le blé et l'olivier ce qui encouragea l'exportation du vin et de l'huile d'olive. Son port accueillait les navires égyptiens et crétois qui déchargeaient l'albâtre, le cuivre et les précieux cratères mycéniens. Des terres intérieures arrivaient les caravanes remplies des richesses venues des contrées lointaines : les archéologues ont ainsi trouvé du lapis-lazuli d'Afghanistan, de l'ivoire de l'Inde, de l'ambre de la Baltique.

Poterie Ougarit

Le Palais Royal

Elevé derrière les remparts, le palais royal en bois et en pisé, s'étendait sur 10.000m², soit 1/20e de la superficie de la ville. Les soubassements mis au jour ont permis de restituer la position d'ensemble : on y entrait par un porche monumental, face à l'Ouest, soutenu par deux colonnes. On traversait une première cour dallée qui permettait d'accéder à une seconde cour menant à la salle du trône. Tout autour, de petites pièces servaient à entreposer les archives royales. Derrière la salle du trône, il se situait une succession de cours agrémentées de bassins avec des canalisations encore visibles. Autour des cours se développaient des dizaines de petites salles avec des escaliers menant à un étage supérieur, plus aéré, réservé à la famille royale.

Pour regagner l'Acropole, qui s'élevait à l'Est du site, il fallait traverser les quartiers d'habitations, des îlots de maisons délimitées par des ruelles étroites de 2m de largueur. Les maisons s'organisaient autour d'une cour centrale sur laquelle ouvraient, au rez-de-chaussée, des petites pièces qui servaient de remise ou d'ateliers. L'étage et la terrasse étaient réservés à la vie familiale. Les fouilles ont révélé, dans nombre de maisons, la présence en sous-sol d'un caveau où l'on inhumait les membres de la famille(4).


La Religion

Ougarit Baal

Les vestiges épars du Temple de Baal rendent difficile la vision d'ensemble. Les archéologues ont supposé que le temple possédait une première cour clôturée par un mur où s'élevait un premier autel de pierre. Au delà de cette cour, se trouvait le sanctuaire dédié au dieu de la ville, Baal. Des vestiges d'escalier laisse supposer que le temple était doté d'un étage en hauteur, visible depuis la mer, au sommet duquel on allumait de grands feux sacrificiels.

Le panthéon d'Ougarit, à l'image des autres panthéons du Proche-Orient Ancien, regroupait une multitude de divinités. Nous y retrouvons beaucoup de similitudes avec les dieux des autres cités cananéennes de la côte.

Baal, le dieu de l'orage, de la pluie fécondante, représenté brandissant sa massue symbolique de la foudre, fait jaillir du sol les feuillages exprimant ainsi la renaissance de la végétation. Il est souvent coiffé, soit à l'image d'une couronne égyptisante en or ou d'une tiare à couronnes d'influence mésopotamienne.

A Baal est opposé Yam, le dieu de la mer. Mot, dieu des moissons et de la mort qui disparaît sous terre lorsque Baal renaît. On y retrouve aussi Dagan, dieu du blé et de la charrue. Aliyan Baal, dieu des eaux, des puits et rivières. Anat, la soeur régénératrice des dieux et bien évidemment Astarté ou Ashtart, déesse de l'amour et de la fécondité.

L'Alphabet Ougaritique

Les fouilles archéologiques ont livré des textes rédigés en huit langues et cinq systèmes d'écritures qui reflètent le caractère pluriculturel de ce royaume marchand(5). Mais ce sont surtout deux systèmes d'écriture et deux langues qui furent le plus répandus :

Alphabet Ougaritique

l'ougaritique, notée par une écriture locale alphabétique, est apparu vers le XIV° ou le XIII° siècle av.J.C.. Cette langue était utilisée pour rédiger les textes témoignant de la vie quotidienne comme les documents privés, contrats commerciaux, les lettres familiales, les textes rituels, les omens(6), les listes des divinités, etc.

Alphabet Ougaritique

l'akkadien, langue assyro-babylonienne née en Mésopotamie et devenue langue internationale au II° millénaire av.J.C., notée par une écriture syllabo-idéographique. Dans cette langue étaient prescrits les actes administratifs et officiels, les listes des personnages et les listes géographiques. Elle évoquait surtout les relations du royaume avec les puissances politiques de l'époque.

Seul l'ougaritique fut utilisé pour noter les mythes propres à la tradition locale. Ces mythes attestent des liens avec les récits bibliques, témoignant de l'existence d'un fonds culturel commun que l'on appelle "cananéen" (voir note 4).

L'écriture alphabétique ougaritique fut parmi les premières formes simplifiées, réduisant le nombre de signes et permettant ainsi un apprentissage aisé facilitant la liberté d'expression.Cette innovation fut complétée à Byblos trois siècles plus tard par l'abandon du cunéiforme et l'adoption de l'écriture phénicienne. Les Phéniciens ont eu l'avantage de populariser l'alphabet en l'adaptant pour les supports légers comme le papyrus autorisant ainsi la substitution des tablettes en argile ou en pierre.



(Photos : Musée du Louvre - Antiquités Orientales - Levant - Les Royaumes Phéniciens)






(1) Cf. Guy Rachet, Dictionnaire des civilisations de l'Orient Ancien, Editions Larousse-Bordas, 1999. Retour texte
(2) Population de langue sémitique qui apparaît à l'époque du Bronze Ancien. Leur nom akkadien amurru désigne l'Ouest et le vent qui souffle de ce point cardinal. Présents dans le monde syrien dès le III°millénaire, ce sont des nomades dont la région d'origine se situe vers le Moyen Euphrate dans le désert de l'Est de la Syrie. Retour texte
(3) Royaume constitué vers le XVI° av.J.C. sur le haut Khabur en milieu hourrite Retour texte
(4) Les Rephaïm sont des Mânes, les âmes des morts considérés comme des divinités, qui étaient dans la Syrie du II°millénaire l'objet d'un culte. Il y a dans ce culte l'écho d'un culte des héros qui sont en effet les ancêtres glorieux sur lesquels se fonde l'avenir d'un peuple mais avant tout la fécondité de la terre puisque les Rephaïm habitent une demeure souterraine. Retour texte
(5) Les collections de l'Histoire, n°22, janvier-mars 2004, l'Orient Ancien. Retour texte
(6) présages, pronostics. Retour texte

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