La légende d'Adonis.



Lors d'une visite effectuée (au II° siècle apr. J.C.) dans les sanctuaires de Sidon, de Byblos et plus précisément celui d'Afqa (région de Byblos), Lucien de Samosate(1) essaya d'élucider l'origine du culte d'Adonis.   

J'ai vu aussi à Byblos un grand sanctuaire consacré à Aphrodite Byblienne, dans lequel les orgies se célèbrent en l'honneur d'Adonis. Je me suis fait instruire de ces orgies. Les Bybliens disent donc que l'accident qui, du fait du sanglier, survint à Adonis eut lieu dans leur pays, et qu'en mémoire de cet événement, ils se frappent chaque année, se lamentent, célèbrent des orgies et mènent de grands deuils, dans toute la contrée. Lorsqu'ils ont cessé de se frapper et de pleurer, ils célèbrent d'abord, comme s'il était mort, les funérailles d'Adonis.



Adonis & Aphrodite
Adonis & Aphrodite

Puis le jour suivant, ils racontent qu'il vit, le font monter au ciel, puis se rasent la tête comme les Egyptiens après la mort d'Apis. quant aux femmes qui ne veulent point se tondrent les cheveux, elles s'acquittent par une amende qu'elles recueillent ainsi : elles doivent être prêtes durant un jour entier, à tirer profit de leur propre beauté. La place où elles se trouvent n'est accessible qu'aux seuls étrangers, et les salaires qu'elles se font deviennent une offrande pour Aphrodite.



On peut encore admirer un autre prodige sur le territoire de Byblos : c'est un fleuve qui, sortant du mont Liban, s'écoule dans la mer. On a conféré à ce fleuve le nom d'Adonis. Or, chaque année, ce fleuve s'ensanglante, et, ayant perdu sa coloration, s'épanche dans les flots, rougit une partie considérable du large et signale aux Bybliens le moment des deuils. On raconte que, dans ces mêmes jours, Adonis est blessé sur le Liban, et que son sang, en parvenant dans l'eau, change le fleuve et donne à son cours le surnom qu'il a. Tel est ce que rapportent la plupart. Mais un habitant de Byblos qui m'a semblé dire la vérité m'a donné une autre explication de ce phénomène. Il me parla ainsi : "Le fleuve Adonis, étranger, traverse le Liban, et la terre du Liban est extrêmement rousse. Des vents violents, qui se lèvent en ces jours, transportent dans le fleuve cette terre qui n'est, pour la plus grande part, qu'ocre vermillonnée, et cette terre donne au fleuve une couleur de sang. Ce n'est donc pas le sang, comme on le dit, qui est la cause de ce phénomène ; c'est le terrain". Telle fut l'explication que me donna le Byblien. S'il parla selon la vérité, cette coïncidence ne m'en paraît pas moins éminemment divine.

 

La légende d'Adonis


 
(1) Lucien de Samosate, De Dea Syria, traduction de Mario Meunier, Janick, Paris, 1947. Retour texte


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