Byblos |
Byblos, aujourd'hui appelée Jbeil et anciennement Gebal ou Goubal, occupe, à environ 37 kilomètres au nord de Beyrouth, un promontoire au bord de la mer. Les fouilles effectuées par Pierre Montet puis, surtout, par Maurice Dunand, ont restitué des documents d'au moins quinze grandes phases ou périodes d'habitation, de la préhistoire à la conquête arabe. |
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Les Cananéens croyaient que le dieu El avait lui-même fondé Byblos. Plus prosaïques, les fouilles archéologiques ramènent sa fondation vers 7000 av.J.C. L'homme néolithique construisit ses premières habitations en formes de huttes à plan circulaire entourées de "potager" dans lequel on cultivait toutes sortes de céréales. Ces huttes évoluèrent pour devenir des maisons monocellulaires ou rectangulaires, avec des murs entièrement construits en pierres, supportant une toiture en troncs d'arbres et en terre mêlée de gravier (méthode toujours utilisée dans la montagne libanaise).
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Ces Cananéens ou plutôt dirons-nous ces Giblites (Gebal) ont laissé des traces de leur vie : poignards, pointes de lance en silex, bols, jattes et jarres en argile séchée, etc... Des jarres ovoïdes étaient employées comme silos à blé et comme réserves d'huile d'olive. Elles avaient également une autre utilité : pour l'enterrement des morts, donnant aux corps une forme fœtale. Ces "oeufs funéraires" devaient ainsi permettre une renaissance spirituelle dans l'au-delà(1) . |
Le passage de Byblos au stade urbain remonte au début du III° millénaire. Les Giblites exploitaient les richesses du pays, notamment les immenses forêts de cèdres, de chênes et de pins qui couvraient les montagnes avoisinantes. L'Egypte de l'époque Thinite et du début de l'Ancien-Empire, leur fournit un débouché pour exporter leurs produits de bois de cèdre nécessaire aux constructions navales égyptiennes, la résine pour les pratiques religieuses (momification), mais aussi le blé, le raisin et le vin produits en abondance. Le blé et la vigne gardèrent d'ailleurs leur noms cananéens de qamhu (blé) et karmu (vigne) dans les textes hiéroglyphiques. Les bateaux revenaient à Byblos chargés d'objets d'or, de rouleaux de papyrus et de tissus de lin.
Ainsi l'exploitation des forêts de son arrière-pays en a fait de Byblos un partenaire privilégié de l'Egypte, ainsi qu'une plaque tournante pour des échanges économiques, politiques et culturels. Aussi la ville fut abondamment mentionnée dans les diverses archives retrouvées en Egypte et dans tout le Proche-Orient.
Autour de 2300-2200 av. J.C., Byblos, comme beaucoup de villes de Phénicie, fut détruite au moment des invasions attribuées aux Amorrites : la plupart d'entre elles ne ressuscitèrent pas, mais les villes portuaires importantes dont Byblos retrouvèrent ensuite leur prospérité économique.
Le centre de la ville était réservé aux constructions religieuses, la plus ancienne était dédiée à la déesse Baalat Gebal, la Dame de Byblos. Le temple de la divinité masculine, connu sous le nom de "Temple aux obélisques", était édifié à l'intérieur d'une enceinte sacrée à laquelle on accédait par une vaste cour.
Au centre se trouvait un grand obélisque symbolique de la divinité autour duquel étaient disposées des installations cultuelles diverses et de nombreux petits obélisques dressés là pour perpétuer la présence des dévots. Les ateliers du temple produisaient des ex-voto, parmi lesquels fut trouvé la série de statuettes de bronze recouvertes de feuille d'or, des haches de parade en or avec décor en filigrane, des terres cuites, ... |
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La relation avec l'Egypte est attestée par des dons fréquents des pharaons. Les tombes des rois de Byblos contenaient elles aussi de riches pièces d'orfèvrerie égyptienne, notamment un coffret d'obsidienne en or au nom d'Amenemhat IV, ainsi que des bijoux d'ateliers locaux imitant des motifs et des techniques égyptiennes.
En Orient, Byblos négociait vêtements brodés et tapis avec Mari, comme en témoignent les archives de cette ville de la vallée de l'Euphrate sous le règne de Zimri-lim (1775-1761). L'Histoire de la ville à l'époque des Hyksos, envahisseurs venus de l'Est qui dominèrent l'Egypte, entre 1650-1550, demeure obscure. Pour la période suivant l'expulsion de ces envahisseurs asiatiques, le sol de Byblos conserve quelques témoignages du règne de Thoutmosis III qui, par le biais de plusieurs campagnes, fonda un empire égyptien en Orient. Sous le règne de son fils Aménophis II, la ville est restée aux mains de l'Egypte. Mais lorsque la province asiatique s'écroula sous Akhénaton, uniquement préoccupé par ses réformes religieuses, le roi Rib-Haddi s'épuisa en vain implorant la sauvegarde de Byblos. Passée brièvement sous le contrôle du royaume d'Amourrou - son voisin septentrional - elle retrouva son statut de cité autonome jusqu'à ce que les invasions des Peuples de la mer, vers 1200 av.J.C., ruinent ce nouvel essor.
A la veille du Ier millénaire, Byblos émergea de nouveau comme un centre de vie intellectuelle, commerciale et artistique. Ounamon, envoyé de la cour thébaine pour acheter le bois de cèdre nécessaire à la réfection de la barque d'Amon aux alentours de 1050, constata l'autonomie des princes locaux. La vie intellectuelle fut marquée par l'invention de l'alphabet phénicien, repérable avec ses 19 de 22 lettres sur le célèbre sarcophage d'Ahiram.
Dès la fin du IX°siècle av.J.C., inscriptions et monuments se raréfient toutefois et Byblos n'est guère mentionnée que dans les annales assyriens énumérant les tributs qu'elle devait payer afin de sauvegarder une relative autonomie politique et économique. A la fin du VII° siècle, la Phénicie devient un couloir de passage des troupes d'une Egypte qui réaffirma son pouvoir dans la région et celles d'une Babylonie s'y opposant par la force des armes. Byblos ne faisait plus le poids dans ces conflits. Elle ne fut mentionnée que lorsque ses mercenaires et ses menuisiers furent embauchés par les parties adverses.
C'est sous la domination perse que Byblos connût une période de renouveau économique. D'importants travaux d'architecture militaire et religieuse y furent entrepris par ses rois (le roi Yehaumilk restaura le sanctuaire de la Baalat). Les Giblites contribuèrent aussi à la construction des navires perses engagés dans les guerres médiques. Avec l'arrivée d'Alexandre le Grand, la ville perdit son nom sémitique de Gebal pour prendre son nom de Byblos, du grec Biblion et qui signifie ville mère de l'écriture donc du livre (la ville donnera aussi son nom à la Bible).
| 1- | Hareth Boustany, "Byblos, du premier port à la cité phénicienne", Ulysse, n°68, Liban, Octobre 1999 | Retour texte |